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Le 12 avril 1776, dans une taverne enfumée d’une petite ville de l’arrière-pays, un groupe d’hommes fatigués a changé le cours de l’histoire. Ils ne le savaient pas encore. Philadelphie et ses grands noms—Jefferson, Adams, Franklin—captureraient bientôt toute la gloire. Mais ce jour-là, à Halifax, la Caroline du Nord est devenue la première colonie à ordonner officiellement à ses délégués de voter pour l’indépendance de la Grande-Bretagne. La Révolution avait trouvé sa voix, et cette voix avait un fort accent de la Caroline.
Cette audace ne tomba pas du ciel. Elle germa pendant une décennie dans la terre rouge du Piedmont, nourrie par la colère des fermiers, le fracas des mousquets sur un pont de bois, et un esprit d’autonomie farouche qui fit de cette colonie un foyer révolutionnaire bien avant que ce ne soit à la mode.
Pour comprendre le 12 avril 1776, il faut remonter au 16 mai 1771, dans un champ près de la rivière Alamance. Là, une milice coloniale levée par le gouverneur royal affronta une armée de plus de 2 000 fermiers en colère, les Régulateurs. Ces hommes, des colons de l’ouest, ne protestaient pas encore contre le roi George III. Leur cible était plus proche, plus immédiate : l’establishment corrompu de leur propre colonie.
Pendant cinq ans, de 1766 à 1771, le mouvement des Régulateurs avait dénoncé les shérifs véreux, les juges achetés et les taxes confiscatoires imposées par les élites planteurs de la côte « Tidewater ». Leur rébellion fut écrasée à Alamance. Mais son héritage, un profond scepticisme envers l’autorité lointaine et un désir viscéral d’autogouvernance, s’infiltra dans l’âme de la colonie. L’historien militaire Michael Lynch souligne que ce conflit fut bien plus qu’une simple échauffourée locale.
La guerre des Régulateurs a servi de répétition générale à la Révolution américaine. Elle a divisé la société de la Caroline du Nord selon des lignes de classe et de région, créant des factions et un langage de résistance que les Patriotes sauront réutiliser quelques années plus tard contre la Couronne elle-même.
Le gouverneur royal, William Tryon, accorda un pardon à la plupart des Régulateurs. Mais leurs leaders, comme le pamphlétaire visionnaire Herman Husband, furent pourchassés et contraints à l’exil. La cicatrice resta à vif. Quand de nouvelles taxes, venues cette fois de Londres, commencèrent à frapper dans les années 1770, beaucoup dans l’arrière-pays avaient déjà fait l’apprentissage amer de la résistance. Ils n’avaient pas besoin qu’on leur explique ce qu’était un gouvernement oppressif.
Un an après la bataille d’Alamance, les hostilités avec la Grande-Bretagne commencèrent à Lexington et Concord. La nouvelle mit le feu aux poudres. Et à Charlotte, dans le comté de Mecklenburg, la légende—fermement enracinée, farouchement contestée—raconte qu’une réponse radicale éclosa.
Le 20 mai 1775, un comité de sécurité local aurait adopté la « Déclaration de Mecklenburg », un document proclamant que les lois de la Couronne étaient « suspendues » et que l’autorité royale était « totalement dissoute ». En d’autres termes, une déclaration d’indépendance locale, plus d’un an avant celle de Philadelphie. Le texte ne fut publié qu’en 1819, dans un journal de Raleigh, et son authenticité fut immédiatement mise en doute. Thomas Jefferson lui-même la qualifia d’« apocryphe » en 1825. L’original avait disparu, probablement dans un incendie.
Mais qu’elle soit littéralement vraie ou non, son impact sur la psyché de la Caroline du Nord est, lui, indéniable. Dès 1825, les célébrations annuelles du « Meck Dec Day » commencèrent, forgeant une identité d’avant-gardiste et de frondeur. L’historienne de l’université Duke, Laura Edwards, explique ce phénomène.
La déclaration de Mecklenburg, en tant que récit, a fait son travail historique. Vraie ou fausse, elle a cristallisé une vérité plus profonde pour les habitants de la Caroline du Nord au XIXe siècle : elle a placé leur État au cœur de l’origine de la Révolution. Elle a créé une mémoire d’initiative et de courage civique qui a dépassé les doutes des archives.
Que des résolutions radicales aient été prises à Charlotte ce printemps-là est plausible. Que leur mémoire ait été embellie avec le temps est certain. Ce qui importe, c’est la fonction de cette histoire : elle donna aux Caroliniens du Nord la conviction d’être des acteurs, et non des suiveurs.
Alors que le débat sur Mecklenburg se poursuivait dans les salons, la guerre, elle, devint bien réelle sur le sol de la Caroline. En février 1776, le nouveau gouverneur royal, Josiah Martin, qui avait fui le palais de Tryon à New Bern, tenta de reprendre le contrôle. Il leva une force d’environ 1 500 loyalistes, principalement des Écossais des Highlands, et marcha vers la côte pour faire sa jonction avec l’armée britannique.
Les Patriotes les attendaient à Moore’s Creek Bridge, au nord de Wilmington. Ils avaient enlevé les planches du pont et graissé les poutres. Quand les Highlanders chargèrent au petit matin du 27 février, ce fut un carnade. La victoire patriote, rapide et totale, étouffa dans l’œuf la menace loyaliste dans la colonie. Plus important, elle galvanisa les esprits. Pour la première fois, des Caroliniens du Nord avaient versé le sang pour la cause—et ils avaient gagné.
Fort de cette victoire, le Quatrième Congrès Provincial se réunit à Halifax en avril. L’atmosphère était tendue, pragmatique. Les délégués, dont beaucoup avaient combattu les Régulateurs quelques années plus tôt, devaient maintenant décider de l’avenir de la colonie. Le 12 avril, après des débats intenses, ils votèrent à l’unanimité.
Les Résolutions de Halifax étaient claires et sans équivoque. Elles autorisaient les délégués de la Caroline du Nord au Congrès continental « à conjurer avec les délégués des autres Colonies à déclarer l’Indépendance ». Ce n’était pas une déclaration poétique de droits naturels. C’était un ordre de mission politique, un mandat impératif. La Caroline du Nord venait de pousser les treize colonies vers le point de non-retour. Trois mois plus tard, à Philadelphie, le délégué de la Caroline du Nord, Joseph Hewes, obéirait à cet ordre, apportant le vote crucial de sa colonie à la Déclaration d’Indépendance.
La boucle était bouclée. De la révolte agraire des Régulateurs à la victoire militaire de Moore’s Creek, jusqu’à l’acte politique décisif de Halifax, la Caroline du Nord avait forgé son propre chemin vers la révolution. Un chemin moins théorique que celui de Boston, moins aristocratique que celui de Virginie. Un chemin fait de boue, de résolution et d’une obstination typiquement carolinienne.
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