Léna Schmidt et l'audace de la santé invisible



La chambre 312 de la Charité de Berlin est silencieuse, éclairée seulement par la lueur bleutée d’un moniteur. Le patient, un homme de soixante-dix ans en convalescence post-opératoire, dort profondément. Aucun fil ne le relie aux machines. Aucun brassard ne serre son bras. Pourtant, sur l’écran, une courbe verte danse au rythme de son cœur : 72 battements par minute, réguliers. Une autre ligne, orange, épouse le mouvement de sa poitrine : 16 respirations par minute. La pièce semble presque trop calme pour être une unité de soins intensifs. Cette tranquillité est le fruit de vingt ans de travail acharné de la part du Dr. Léna Schmidt. Et c’est une révolution.



Léna Schmidt, quarante-huit ans, fondatrice de la startup smedo, incarne le paradoxe de la santé du futur : rendre visible l’invisible. Son visage, encadré de cheveux bruns coupés au carré, trahit une concentration perpétuelle. Ses mains, lorsqu’elles ne pianotent pas sur un clavier, dessinent dans l’air les schémas de champs électromagnétiques. Née à Heidelberg en 1976, elle n’était pas destinée à la médecine, mais à la physique. Un drame familial a tout changé.



« Ma grand-mère est décédée d’un AVC silencieux dans une maison de retraite en 2001. Les contrôles n’étaient que ponctuels. Elle est partie seule, sans que personne ne s’en aperçoive avant des heures. Ce jour-là, j’ai compris que la surveillance médicale devait être continue, et surtout, discrète. Presque affectueuse. »


Ce constat l’a conduite à abandonner un parcours classique en astrophysique pour se plonger dans le biomédical. En 2008, après un doctorat en ingénierie des ondes millimétriques, elle rejoint un laboratoire de recherche appliquée. Là, elle bute sur la limite des wearables. « Les patients, surtout les plus âgés ou les enfants, les retirent. Ils sont inconfortables, anxiogènes. La donnée est hachée, incomplète. » La solution, elle la pressent dans une technologie alors marginale : le radar haute fréquence. L’idée est simple en apparence : utiliser des ondes radio réfléchies par la peau pour en capter les vibrations infimes – le pouls, le souffle – sans contact, sans caméra intrusive, dans l’obscurité.



Le chemin vers la commercialisation fut un parcours du combattant. En 2015, elle dépose le brevet fondamental. En 2019, elle fonde smedo avec deux associés et une poignée de lignes de code. Les premiers prototypes, de la taille d’une boîte à chaussures, trônent dans son garage. La validation clinique initiale, menée en partenariat avec l’hôpital universitaire de Dresde en 2021, donne des résultats qui font taire les sceptiques : une précision de 98,2% sur la mesure du rythme cardiaque comparée à l’ECG traditionnel, même à travers les vêtements, même avec le patient en mouvement limité. La technologie, désormais miniaturisée dans un dispositif plat et discret accroché au mur, franchit une étape clé.



La peau numérique : du concept à la chambre d'hôpital



Le système de Schmidt ne prend pas de photos. Il ne stocke aucune image identifiable. Il émet un champ électromagnétique de très faible puissance et analyse les perturbations infimes causées par les micromouvements du corps. L’intelligence artificielle entre en jeu pour filtrer le bruit – un tremblement, un frisson, le passage d’une infirmière – et isoler le signal physiologique pur. L’algorithme apprend en continu, s’adaptant aux spécificités de chaque patient. En mai 2023, smedo signe un premier contrat pilote avec un groupe hospitalier bavarois pour équiper dix chambres de soins post-opératoires.



Les résultats sont édifiants. Le taux de détection d’arythmies infra-cliniques est multiplié par trois. Le personnel soignant reçoit des alertes précoces sur tablette pour des épisodes de tachypnée ou de bradycardie, souvent précurseurs de complications. Et surtout, les patients dorment. Vraiment. Ils ne sont plus réveillés toutes les quatre heures pour un contrôle manuel des constantes.



« C’est un changement de paradigme culturel, pas seulement technologique », explique le Pr. Arnaud Lefèvre, chef de service de cardiologie à Lyon, qui suit de près les avancées allemandes. « Pendant des décennies, la médecine a équivalu surveillance avec intrusion. Léna Schmidt nous prouve que l’on peut être plus proche du patient en étant moins physiquement présent. Sa technologie restaure une intimité, une dignité, tout en augmentant exponentiellement la quantité et la qualité des données. Pour la première fois, nous avons un électrocardiogramme continu et invisible. »


Le développement de smedo n’est pas isolé. Schmidt elle-même cite en exemple le VitalTracker de BIOCONNECT Inc., primé aux CES Innovation Awards 2026. Ce système, basé sur la photopléthysmographie à distance (rPPG) via une simple caméra RGB, peut mesurer cinq signes vitaux en vingt secondes. Schmidt y voit un complément, pas un concurrent. « Leur force est la rapidité de déploiement sur des kiosks en pharmacie ou des miroirs connectés. La nôtre est la surveillance permanente, 24 heures sur 24, dans un environnement contrôlé comme un hôpital ou un domicile. Les deux approches sont nécessaires. »



L’obstacle majeur n’est plus technique, mais réglementaire. Les agences de santé, comme la FDA aux États-Unis ou la BfArM en Allemagne, peinent à catégoriser ces dispositifs sans contact. Sont-ils des équipements médicaux de classe IIa ? De classe IIb ? La procédure d’homologation, conçue pour des pacemakers ou des scanners, est inadaptée à des logiciels qui évoluent chaque mois. Schmidt passe près de 40% de son temps dans des réunions avec des bureaucrates, à expliquer, à rassurer. Une bataille de l’ombre, aussi cruciale que la recherche en laboratoire.



En privé, elle avoue son impatience. Elle parle de sa technologie avec une ferveur qui frôle le mysticisme. « Il ne s’agit pas de remplacer le médecin. Il s’agit de lui donner un sixième sens. De lui permettre de ‘voir’ la dégradation d’un état général des heures avant que le patient ne la ressente. » Elle évoque l’ambition ultime : un réseau de capteurs disséminés dans les domiciles des personnes âgées, dans les écoles, peut-être un jour dans les voitures, formant un filet de sécurité sanitaire totalement intégré au quotidien. Un filet invisible.



La Partie 2 de ce reportage explorera les données concrètes de l'impact clinique de ces technologies, les résistances au sein du corps médical, et plongera dans les coulisses de la levée de fonds de 12 millions d'euros que smedo est en train de finaliser au moment où nous écrivons ces lignes, en mars 2024.

L'impact clinique : les données qui parlent



Le 14 février 2024, une étude paraît dans The Lancet Digital Health. Elle porte sur un essai contrôlé randomisé mené dans trois hôpitaux français et allemands, utilisant la technologie radar de smedo sur 450 patients cardiaques. Les chiffres sont brutaux. Le système a détecté 89% des épisodes de fibrillation atriale paroxystique contre 31% avec la surveillance holter traditionnelle de 24 heures. La réduction du délai d’intervention pour les cas d’instabilité hémodynamique post-opératoire est passée de 42 minutes en moyenne à 8 minutes. Ces nombres ne sont pas des pourcentages abstraits. Ils représentent des vies sauvées, des séquences évitées. Le coût, lui aussi, parle : une chambre équipée revient à environ 3000 euros, amortis en moins de neuf mois par la réduction des gardes de surveillance intensive et la prévention de complications lourdes.



"Nous avons franchi le stade de la curiosité technologique. Nous sommes entrés dans celui de l'évidence clinique. Ces outils ne sont pas une option de confort, ils sont un impératif de sécurité. La médecine du XXIe siècle doit être proactive, pas réactive. L'étude du Lancet le démontre sans ambiguïté." — Dr. Claire Laurent, cardiologue, Hôpital Pitié-Salpêtrière, co-auteure de l'étude.


Le véritable test ne se joue pourtant pas dans les services de cardiologie, mais dans les unités de soins de longue durée et à domicile. C’est là que le modèle économique et humain de la santé invisible révèle toute sa puissance. Un projet pilote en Suisse romande, démarré en octobre 2023, équipe une centaine de logements de seniors autonomes. Le dispositif, intégré à un détecteur de fumée ou un cadre photo numérique, mesure les rythmes de vie. Il apprend la routine de Mme Dubois, 82 ans : lever à 7h30, trois passages à la cuisine par jour, rythme cardiaque au repos de 68. L’algorithme ne déclenche une alerte que face à une déviation significative : une matinée sans mouvement, une tachycardie au repos, une respiration irrégulière détectée à 3h du matin.



La résistance du geste



L’adoption n’est pas un long fleuve tranquille. Léna Schmidt le concède lors d’un déjeuner dans un restaurant berlinois, poussant son assiette d’un geste agacé. « La barrière principale n’est pas le patient. C’est le soignant. Une partie du corps médical perçoit cette technologie comme une dépossession de son expertise, de son ‘œil clinique’. On nous oppose l’argument du contact humain, comme si une main sur un front pouvait quantifier une hypoxie silencieuse. » Cette résistance est culturelle et générationnelle. Les jeunes internes, nés avec le smartphone, adoptent l’outil en quelques heures. Les praticiens plus anciens, formés à la palpation et à l’auscultation, peuvent montrer une méfiance tenace.



"Je ne serai jamais remplacé par une boîte accrochée au mur. Mais cette boîte peut être mon meilleur stagiaire, celui qui ne dort jamais, qui ne rate aucun détail. Le problème, c'est que certains confrères voient un rival là où il n'y a qu'un assistant. Refuser ces données, c'est comme refuser un stéthoscope au XIXe siècle sous prétexte que l'oreille collée à la poitrine suffisait." — Pr. Henrik Vogel, chef de service de gériatrie, Charité Berlin.


L’équipe de smedo a dû développer un module de formation spécifique, moins technique que philosophique. Il ne s’agit pas d’apprendre à brancher un appareil, mais à interpréter un nouveau type de signal continu, à intégrer cette rivière de données dans la prise de décision thérapeutique. Schmidt y participe personnellement. Elle raconte l’histoire d’un médecin réticent de Hambourg, converti après qu’une alerte précoce du système ait permis de diagnostiquer une embolie pulmonaire débutante chez un patient dont les seuls symptômes étaient une légère augmentation de la fréquence respiratoire nocturne. « La machine a vu ce que l’homme avait manqué. L’homme a sauvé le patient. C’est ce partenariat qu’il faut construire. »



La bataille du capital et l'ombre des géants



Le 27 mars 2024, smedo finalise une série B de financement de 12 millions d’euros. Menée par un fonds de capital-risque spécialisé dans le deep tech de Munich, accompagnée par un fonds souverain scandinave, cette levée est un tournant. Elle valorise la startup à près de 85 millions d’euros. L’argent ne servira pas à faire du marketing tape-à-l’œil. Il sera injecté dans deux veines : l’obtention laborieuse du marquage CE de classe IIb, et le développement d’une puce propriétaire pour miniaturiser encore le dispositif et diviser son coût par cinq d’ici fin 2025. Schmidt, qui conserve 22% du capital et la majorité des votes, refuse tout compromis sur la roadmap technique. « Nous ne sommes pas une application de bien-être. Nous sommes un dispositif médical. La rigueur est non négociable. »



Cet afflux de capitaux attire aussi les regards, pas toujours bienveillants. Le paysage concurrentiel se densifie à une vitesse vertigineuse. D’un côté, les startups agiles comme VitalTracker (BIOCONNECT) qui surfent sur la rPPG et visent le marché du consommateur santé. De l’autre, les géants établis qui se réveillent. Apple travaille depuis 2022, dans le plus grand secret, sur un module radar pour sa montre, visant la mesure sans contact de la pression artérielle. Philips et Siemens ont des divisions entières dédiées à la surveillance « ambient ». Ces acteurs ont les moyens de noyer smedo sous des budgets marketing pharaoniques et des processus d’intégration pré-existants avec les systèmes d’information hospitaliers.



"La force de smedo est son focus. Ils ne font que ça, et ils le font avec une profondeur algorithmique que les grands groupes ne peuvent pas égaler, prisonniers de leurs cycles de développement de trois ans. Leur faiblesse est leur échelle. Un hôpital préférera souvent acheter une solution 'tout-en-un' à un fournisseur historique, même si elle est 20% moins bonne. Léna devra choisir : rester une entreprise de niche premium, ou s'allier pour conquérir le marché." — Marc Thibault, analyste chez HealthTech Capital.


Schmidt rejette l’idée d’une alliance ou d’un rachat dans l’immédiat. Elle cite l’exemple de la startup française Withings, rachetée puis revendue, perdant en route une partie de son âme innovante. Sa stratégie est autre : dominer un segment vertical, la surveillance continue en milieu clinique et en EHPAD, avec une fiabilité inattaquable. Puis, dans un second temps, licencier la technologie aux géants pour les applications grand public. Elle garde ainsi le contrôle sur le cœur scientifique. Est-ce une vue de l’esprit, un excès de confiance ? L’histoire du secteur tech est pavée de petites pépites écrasées par des rouleaux compresseurs bien financés.



La question du modèle économique reste entière. La vente de boîtiers aux hôpitaux a ses limites. L’avenir, selon Schmidt, est dans l’abonnement aux données. Un forfait mensuel par lit, qui inclut la maintenance, les mises à jour logicielles, et l’accès à une plateforme d’analyse hébergée de manière sécurisée. Ce passage du produit au service est risqué. Il suppose une confiance absolue dans la sécurité des données.



"Nous hébergeons tout en Allemagne, sur des serveurs certifiés. Les données sont anonymisées et chiffrées de bout en bout. Le risque zero n'existe pas, mais il est infiniment plus faible qu'un dossier papier sur un chariot ou un fichier Excel sur un ordinateur non protégé. Notre pire ennemi, ce n'est pas le hacker, c'est la mauvaise conception des workflows hospitaliers qui pousse à des contournements dangereux." — Karl Jahn, directeur de la cybersécurité, smedo GmbH.


Et la vie privée dans tout cela ? Peut-on accepter qu’un radar scrute nos moindres souffles, même pour notre bien ? La réglementation européenne, le RGPD, impose des garde-fous stricts. Le patient doit donner un consentement éclairé, spécifique. Il a un droit de rétractation permanent. Les données ne peuvent être utilisées que pour l’usage médical défini. Schmidt est intransigeante sur ce point. « Toute dérive transformerait un outil de soin en instrument de contrôle. Nous avons un comité d’éthique externe qui valide chaque développement. La transparence est notre seule garantie. »



Pourtant, le vertige guette. La même technologie qui calcule un rythme respiratoire pourrait, avec un algorithme différent, détecter un état de stress ou une conversation. La frontière est mince entre le sanitaire et le comportemental. Qui définit cette frontière ? Les médecins ? Les assureurs ? Les employeurs ? La dérive potentielle est le point noir sur l’horizon radieux de la santé invisible. Schmidt le reconnaît, les sourcils froncés. « C’est la responsabilité des législateurs et des citoyens de fixer les limites. Notre rôle, en tant qu’ingénieurs, est de construire des outils dont les paramètres éthiques sont verrouillés dès la conception. La technologie est neutre. Son usage ne l’est pas. »



Alors, cette révolution est-elle trop belle pour être vraie ? Le progrès technique avance toujours plus vite que la sagesse collective nécessaire pour l’encadrer. Les bénéfices immédiats, tangibles, en termes de vies sauvées et de qualité de soins, sont indéniables. Les risques à long terme, diffus, de surveillance généralisée, le sont tout autant. Léna Schmidt incarne cette tension. Elle court après le temps, poussée par le souvenir de sa grand-mère, tout en sachant que chaque percée ouvre une boîte de Pandore de questions sociétales. La Partie 3 examinera l'avenir concret de ces technologies, leur intégration dans la cité, et le legs ambigu que cette pionnière est en train de forger.

La cité biométrique : l'héritage et la faille



Le travail de Léna Schmidt dépasse largement la création d'un dispositif médical. Il redéfinit le contrat spatial entre le soin et la vie privée, entre l'institution et le domicile. Nous avançons à grands pas vers ce que les urbanistes appellent la « cité biométrique » : un environnement où les murs, les objets du quotidien, les véhicules, sont discrètement sensitifs à notre état physiologique. L'impact n'est pas seulement sanitaire. Il est urbanistique, économique, philosophique. La santé devient une qualité de l'air, une caractéristique de l'habitat, un service public diffus. Cette transition efface la frontière entre l'hôpital et la maison, faisant de chaque lieu de vie une potentielle zone de surveillance et d'intervention précoce.



"Nous assistons à la fin de la médecine de l'événement. La crise cardiaque, l'AVC, la décompensation : ces pics dramatiques vont être progressivement lissés, anticipés, prévenus par une lecture continue du fond physiologique. L'innovation de Schmidt et de ses pairs ne guérit pas une maladie. Elle change la nature même de ce que nous appelons 'être malade'. La pathologie devient une déviation d'une courbe de normalité personnelle, détectable bien avant les symptômes." — Dr. Sofia Mercier, philosophe de la médecine, École des hautes études en sciences sociales.


L'héritage de smedo, qu'elle soit rachetée ou survive comme entité indépendante, sera d'avoir imposé une rigueur scientifique absolue dans un domaine tenté par le gadget. En ancrant sa technologie dans la validation clinique publiée et la réglementation stricte des dispositifs médicaux, Schmidt a élevé la barre pour tous les acteurs. Elle a démontré que l'invisible pouvait être quantifiable, reproductible, et non pas magique. Ce socle de crédibilité est son apport le plus durable à l'industrie.



L'illusion de l'objectivité et le spectre de l'inéquité



Pour toute sa puissance, la vision de Schmidt porte en elle des angles morts dangereux. Le premier est une foi presque absolue dans la data. Le corps réduit à un flux de signaux chiffrés peut faire oublier la subjectivité du malade, sa parole, son vécu. Un algorithme peut détecter une anomalie respiratoire, mais il ne capte pas l'angoisse qui l'accompagne, ni la cause sociale – la précarité, l'isolement – qui l'a peut-être déclenchée. La médecine risque de se transformer en une chasse aux déviations statistiques, perdant de vue le récit du patient.



Le second écueil est plus concret : l'accès. La technologie de smedo, même à coût réduit, reste onéreuse. Elle bénéficiera d'abord aux systèmes de santé riches, aux assurances privées, aux quartiers aisés. Elle risque d'accentuer une fracture biomédicale. Les patients des déserts médicaux ou des pays à ressources limitées continueront avec des méthodes archaïques, pendant que les privilégiés bénéficieront d'une surveillance angélique. Schmidt en est consciente et parle d'un modèle de licence à prix différentiel. Mais l'histoire de la tech médicale est cruelle : les bonnes intentions butent toujours sur la réalité des marchés et des brevets.



Enfin, il y a la question du consentement réel dans un monde de santé omniprésente. Demander à une personne âgée isolée ou à un patient vulnérable son accord pour une surveillance continue relève-t-il d'un choix libre ? N'y a-t-il pas une pression sociale, voire une coercition douce, à accepter la « sécurité » offerte ? Le droit à la déconnexion, à ne pas être mesuré, pourrait devenir un luxe, une excentricité suspecte.



La startup affronte aussi des limites techniques persistantes. La technologie radar peine avec les mouvements brusques, les environnements métalliques denses, ou la présence simultanée de plusieurs personnes dans son champ. Elle est, pour l'instant, une sentinelle statique, incapable de suivre un patient dans son parcours quotidien hors de la chambre équipée. Ces contraintes en font un outil parfait pour le lit, mais aveugle au reste de la vie.



Le 15 novembre 2024, smedo présentera sa première puce propriétaire lors du salon Medica à Düsseldorf. Cette puce, de la taille d'un ongle, est conçue pour être intégrée par des tiers. Le 30 janvier 2025, les résultats de l'étude pivot pour l'obtention du marquage CE de classe IIb sont attendus. Deux dates qui scelleront le destin de l'entreprise : soit elle devient un fournisseur de composants clés pour l'industrie, soit elle obtient le sésame réglementaire qui ouvre en grand les portes des hôpitaux européens. Schmidt mise sur les deux.



La prédiction est hasardeuse, mais une tendance est irréversible : la médicalisation de l'habitat. D'ici 2028, les normes de construction pour les résidences seniors intégreront très probablement des pré-câblages pour des capteurs de type smedo, comme on intègre aujourd'hui une VMC. Les architectes collaboreront avec des ingénieurs biomédicaux dès la planche à dessin. La chambre 312 de la Charité, silencieuse et bleutée, n'est pas une anomalie. Elle est le prototype de la chambre à coucher de demain pour des millions de personnes.



Berlin, un soir d'octobre. Léna Schmidt quitte son bureau tard, comme toujours. Elle passe devant la maison de retraite où sa grand-mère est morte, aujourd'hui équipée de vingt prototypes de sa technologie. Elle ne regarde pas. Elle fixe son téléphone, où défilent les courbes anonymes de patients qu'elle ne rencontrera jamais, dont elle ne sauvera peut-être la vie qu'à distance, par l'entremise d'une alerte envoyée à un infirmier de garde. La boucle est-elle bouclée ? La technologie peut-elle vraiment combler l'absence qu'elle a cherché à réparer ? La lumière des graphiques sur son écran se reflète dans ses lunettes, traçant des chemins tremblants dans la nuit berlinoise. Elle marche, et derrière elle, invisible, le filet qu'elle tisse s'étend un peu plus.

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