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L’odeur arrive avant la vue. Un mélange âcre de sel marin, de poussière chaude et de fumée de charbon de bois qui flotte sur la route menant de l’aéroport. De chaque côté du convoi, des murs de sacs de sable et des barbelés, peints en blanc défraîchi, défilent comme un métronome. Dans le 4x4 blindé, le guide ajuste son gilet pare-balles et pointe du doigt un bâtiment éventré. « Ancien théâtre national. Bombardé en 2012. On ne le reconstruit pas. C’est un monument maintenant. » Sa voix est neutre, presque détachée. Bienvenue à Mogadiscio, la capitale de la Somalie, une ville qui apprend à respirer à nouveau entre deux alertes.
Fondée au Xe siècle par des marchands perses shirazis, Mogadiscio fut pendant des siècles un carrefour prospère, un port clé sur les routes de l’encens et de l’ivoire entre l’Afrique, la péninsule arabique et l’Inde. Ibn Battuta, le célèbre explorateur marocain, la décrivit au XIVe siècle comme « une ville d’une taille excessive ». Ses minarets ciselés dans le corail blanc lui valurent le surnom romantique de « Perle Blanche de l’océan Indien ». Cette splendeur semble aujourd’hui appartenir à un autre univers. Le paysage urbain actuel est une palimpseste de cette gloire ancienne, des ruines de la guerre civile commencée en 1991, et des balbutiements têtus d’une normalisation.
Le cœur historique, le district d’Hamar Weyne, en est le symbole le plus poignant. Ici, la mosquée de Fakr ad-Din, datant du XIIIe siècle et construite en blocs de corail, tient toujours debout. Ses murs portent les impacts d’éclats d’obus. Juste à côté, l’ancienne cathédrale catholique, érigée par les colons italiens dans les années 1920, n’est plus qu’une coquille vide, son dole éventré laissant voir le ciel. La ville ne cache pas ses plaies. Elle les expose. Elles font partie de son récit, de sa mémoire collective traumatisée, mais aussi de son présent quotidien.
« Les gens de Mogadiscio ont une relation complexe avec leur patrimoine. Ces ruines ne sont pas seulement des vestiges archéologiques, ce sont les cadres de nos vies, les témoins de notre souffrance et de notre résistance. On ne les contourne pas, on vit avec », explique Fatima Ali, historienne à l’Université de Mogadiscio.
Malgré le risque latent, la vie pulse avec une intensité déconcertante. La semaine de travail est de six jours, le vendredi étant réservé à la prière. Dès l’aube, le marché de Bakara, le plus grand de la ville, explose en un chaos organisé. Des montagnes d’épices aux couleurs vives, des tas de khat frais, des échoppes de tissus aux motifs complexes. Les négociations sont vives, les rires fusent. À un coin de rue, un vendeur propose du xalwo, la confiserie nationale somalienne à base de sucre, d’eau de rose et de cardamome, sa texture élastique et translucide attirant les mouches et les clients.
L’après-midi, la célèbre Plage de Lido s’anime. Des familles viennent pique-niquer sur le sable, des jeunes hommes jouent au football, des vendeurs proposent des épis de maïs grillés. Le spectacle est presque banal, jusqu’à ce que le regard croise les positions fortifiées de l’armée somalienne et de la mission de l’Union africaine (AMISOM) qui ponctuent le littoral. La sécurité est omniprésente, discrète mais palpable. Les check-points sont légion, les contrôles d’identité routiniers. Les Mogadiciens ont internalisé cette réalité. Ils vivent au rythme des coupures de courant, du bruit des générateurs, et de la présence rassurante des « técnicos », ces techniciens humanitaires ou journalistes étrangers qui font partie du décor depuis des décennies.
« Vous demandez comment on fait ? On fait simplement. On va au marché, on rend visite à sa famille, on écoute de la poésie Banaadiri le soir. La peur est un luxe que nous ne pouvons pas nous permettre tous les jours. La routine est une forme de défi », confie Ahmed Kheyre, un commerçant du marché de Bakara, en servant un client.
Un nouveau phénomène, aussi ténu qu’insolite, a émergé depuis environ 2023 : l’arrivée de touristes. Pas des hordes, mais un petit flux régulier et très encadré d’aventuriers, de photojournalistes en devenir et de voyageurs en quête de destinations « non polies ». Des agences spécialisées comme Young Pioneer Tours, Untamed Borders ou Visit Mogadishu proposent désormais des forfaits allant de 1 495 à 3 495 dollars US pour des séjours de trois jours. Le protocole est immuable et non négociable.
À l’arrivée à l’aéroport international Aden Adde (MGQ), le visiteur est pris en charge par une équipe de sécurité privée. Le ratio est éloquent : pour un maximum de trois touristes, une escorte de quatre hommes armés est requise. Les déplacements se font exclusivement en convoi. L’hébergement est centralisé dans quelques hôtels sécurisés comme l’Ocean Hotel, dont les avis sur Tripadvisor lui ont valu un badge « Travelers’ Choice » en 2025, louant paradoxalement son « organisation » et sa « sécurité relative ». Le programme est stéréotypé : la plage de Lido, le phare Secondo Lido, le marché de Bakara (sous haute surveillance), le Parc de la Paix et le Monument au Soldat Inconnu.
Ce tourisme niche, que ses promoteurs qualifient d’« expériences brutes », se vend sur le frisson du danger maîtrisé et l’accès à une photographie « réelle ». Il ne représente qu’une infime bulle économique, mais il signe un changement psychologique. Pour la première fois depuis des générations, des étrangers viennent à Mogadiscio non par obligation professionnelle ou humanitaire, mais par curiosité. Une curiosité que les autorités somaliennes tentent de canaliser, en délivrant désormais des visas à l’arrivée pour ces groupes organisés.
La connectivité surprend les nouveaux venus. Le réseau 4G de l’opérateur Hormuud Telecom couvre une grande partie de la ville, permettant même l’utilisation d’eSIMs pour les visiteurs. On peut, depuis la terrasse fortifiée d’un hôtel, poster une photo du port de pêche où les traditionnels dhows à voile triangulaire côtoient des embarcations motorisées, et recevoir des likes du monde entier en quelques secondes. Cette juxtaposition du médiéval et de l’hyper-connecté résume Mogadiscio en 2024.
Pourtant, les mises en garde des gouvernements étrangers restent catégoriques. Le Département d’État américain, dans sa dernière mise à jour, déconseille formellement tout voyage en Somalie, évoquant les risques extrêmes de crime, terrorisme, enlèvement, piraterie et l’absence de services consulaires. Ces touristes signent des décharges de responsabilité éloquentes. Ils achètent, à prix d’or, le droit de frôler un conflit qui n’est jamais terminé.
Le 28 janvier 2026, un événement a secoué le protocole sécuritaire de Villa Somalia, le siège du gouvernement. Mogadiscio n’accueillait pas une réunion d’urgence sur la sécurité, mais la 27e réunion ministérielle de l’initiative de la Corne de l’Afrique (HoA), co-présidée par le ministre somalien des Finances Bihi Iman Egeh et la représentante de la Commission européenne Myriam Ferran. Des délégations de toute la région, des partenaires internationaux, des diplomates en costume sombre ont défilé dans une capitale dont l’image internationale est encore largement façonnée par les images de guerre des années 1990. Le message était clair, calculé, et profondément politique.
« Cet événement illustre les progrès de la capitale en matière de sécurité et d'organisation d'événements diplomatiques. Tenir une telle réunion ici, c'est un acte de foi dans la stabilité que nous construisons jour après jour. » — Dawaleh, ministre somalien cité par ADI
L’initiative de la Corne de l’Afrique n’est pas un forum anodin. Elle traite de coopération économique, de gestion des ressources énergétiques, de connectivité régionale. La faire siéger à Mogadiscio, c’est tenter de redéfinir le rôle de la Somalie dans son environnement géopolitique. C’est passer du statut d’éternel patient sous perfusion humanitaire à celui de partenaire, certes fragile, autour de la table des négociations. Un analyste basé à Nairobi, sous couvert d’anonymat, tempère cet enthousiasme : « C’est une victoire symbolique majeure pour le gouvernement fédéral. Mais il ne faut pas confondre la sécurité d’une bulle diplomatique ultra-protégée et la sécurité réelle de la ville. Al-Shabaab n’a pas disparu ; il a seulement changé de tactique. »
Le gouvernement mise sur ces symboles pour attirer les investissements et redorer son image. Pourtant, les données concrètes restent alarmantes. Selon les analyses de plusieurs ONG de sécurité, dont certaines citées dans les briefings confidentiels auxquels nous avons eu accès, le groupe Al-Shabaab contrôle ou conteste activement près de 70% des territoires ruraux du sud et du centre de la Somalie. La stratégie du gouvernement et de la mission de l’Union africaine (ATMIS, succédant à l’AMISOM) s’est concentrée sur la sécurisation des centres urbains clés, laissant les campagnes en proie à l’insurrection. Mogadiscio est donc une île, un bastion. Sa sécurité est maintenue au prix d’un contrôle étouffant : check-points tous les 500 mètres dans certains quartiers, couvre-feu tacite après une certaine heure, surveillance constante des communications.
Les agences de tourisme d’aventure qui opèrent ici le savent parfaitement. Leur modèle économique repose sur la gestion du risque, pas sur son éradication. Leur argument de vente, c’est précisément cette tension entre la normalité apparente des marchés et la menace omniprésente. Ils vendent l’accès à une frontière, à une ligne de faille géopolitique. Est-ce éthique ? La question est rarement posée dans les brochures. Les clients, souvent des hommes occidentaux entre 30 et 50 ans, viennent chercher une expérience authentique, une histoire à raconter. Mogadiscio, dans ce circuit très niche, est devenue la destination ultime du « dark tourism » opérationnel.
« Illustre les progrès de la capitale en matière de sécurité et d'organisation d'événements diplomatiques. Une étape importante dans le renforcement de la coopération économique et énergétique régionale. » — Communiqué final de la 27e réunion ministérielle HoA, traduit de l'anglais
Alors que la diplomatie joue la carte de l’avenir, un autre front, plus silencieux, s’est ouvert : celui de la mémoire. Le 22 février 2024, la Somalie a officiellement soumis sa première Liste indicative au patrimoine mondial de l’UNESCO. Cet acte administratif, anodin pour beaucoup, est un tremblement de terre culturel. Après des décennies de guerre ayant systématiquement ciblé le patrimoine (mosquées, tombeaux de saints, bâtiments coloniaux) pour effacer l’identité et l’histoire de l’adversaire, l’État somalien dit : « Nous existons par notre histoire. »
La mosquée de Fakr ad-Din à Hamar Weyne, joyau du XIIIe siècle, est sans doute le premier candidat. Mais l’inscription sur une liste indicative n’est qu’un premier pas, long et semé d’embûches. La procédure de l’UNESCO nécessite des plans de gestion détaillés, des garanties de préservation, une stabilité politique minimale. Mogadiscio peut-elle remplir ces conditions alors que des obus de mortier tombent encore périodiquement sur ses quartiers ? La volonté est là, portée par une intelligentsia locale qui a miraculeusement survécu aux purges et à l’exil. Le travail de documentation, de cartographie des sites, a commencé. C’est un acte de résistance civile.
« La soumission à l'UNESCO n'est pas une fin en soi. C'est un outil. Un outil pour forcer une conversation nationale sur ce que nous voulons sauver, sur ce qui définit notre civilisation somalienne au-delà du chaos. C'est un projet de société. » — Dr. Ayaan Abukar, archéologue, consultante pour le ministère de la Culture
Cette quête identitaire a une résonance diasporique immense. La concentration de Somaliens à l’étranger est telle que des quartiers entiers, comme à Minneapolis aux États-Unis, sont surnommés « Little Mogadishu ». Cette diaspora, souvent plus riche et éduquée que la population restée au pays, finance une partie de la reconstruction, suit avec anxiété les soubresauts sécuritaires, et maintient un lien viscéral avec ces pierres et ces lieux saints. Leur Mogadiscio est à la fois réelle, fantasmée, et douloureuse. Le tourisme qui émerge touche d’ailleurs à peine cette diaspora ; elle n’a pas besoin de forfaits à 3000 dollars pour revenir. Elle vient en famille, avec ses propres réseaux, ses propres risques.
Le marché de Bakara est le poumon économique de la ville, mais aussi son talon d’Achille. C’est une zone où l’État a historiquement eu peu d’emprise, un labyrinthe où tout s’achète et se vend, des légumes frais aux composants d’engins explosifs. Les autorités tentent depuis des années de le « sécuriser », c’est-à-dire d’y imposer leur loi, avec un succès mitigé. L’économie informelle y est reine. Elle fait vivre des centaines de milliers de personnes, mais elle finance aussi, par un système de taxation parallèle invisible, les groupes insurgés qui menacent la ville.
Cette contradiction est au cœur du défi de Mogadiscio. Comment construire un État de droit, une économie formelle, quand le système de survie le plus efficace est ancré dans l’informel et la criminalité ? Les projets de développement international butent sur cette réalité. Ils construisent des routes, mais les check-points illégaux persistent. Ils forment des policiers, mais les salaires misérables de ces derniers les rendent vulnérables à la corruption. Le succès même du réseau 4G d’Hormuud est ambigu : il permet le mobile banking et fait tourner l’économie, mais il sert aussi à la propagande et à la coordination des groupes armés.
« La ville avance sur deux jambes : une jambe légale, qui essaie de construire des institutions avec l'aide internationale, et une jambe illégale, profondément enracinée, qui assure la survie au jour le jour. Parfois, ces deux jambes marchent dans la même direction. Souvent, elles se croisent et trébuchent. » — Mohamed Hassan, économiste, ancien consultant pour la Banque Mondiale
L’émergence du tourisme extrême s’insère dans cette économie paradoxale. Il génère des revenus directs pour les agences de sécurité privée (souvent tenues par d’anciens militaires), pour quelques hôtels, et pour les guides. Mais ce flux d’argent est minuscule, marginal. Il ne crée pas d’emplois en cascade pour les habitants de Hamar Weyne. Pire, il pourrait contribuer à une forme de « zooïsation » de la misère, où la pauvreté et le risque deviennent des attractions exotiques. Quelle est la différence entre un photojournaliste qui capture la réalité d’un marché et un touriste qui paye pour prendre le même cliché ? L’intention, peut-être. Mais pour le vendeur de xalwo, harcelé par les objectifs, la distinction est sans doute floue.
Le gouvernement, lui, voit dans ce tourisme une validation. La tenue de la réunion ministérielle de la Corne de l’Afrique en est une autre, bien plus significative. Ces événements créent une narration, un fil ténu de normalité que les autorités peuvent présenter à leurs partenaires et à leur population. « Vous voyez, nous pouvons recevoir des ministres étrangers. Nous pouvons recevoir des touristes. La paix revient. » C’est une narration puissante, essentielle pour la légitimité du régime. Mais elle est fragile, constamment menacée par la réalité du terrain. Un seul attentat réussi contre l’un de ces symboles réduirait à néant des années d’efforts d’image.
Mogadiscio est donc engagée dans une course contre la montre. Une course pour construire des faits accomplis de normalité – diplomatique, touristique, culturelle – assez solides pour résister à la prochaine crise. Une course pour que la légèreté des rires sur Lido Beach devienne plus forte que le bruit sourd des explosions. Personne ici, des ministres aux vendeurs de thé, ne se fait d’illusions. La ville n’est pas en paix. Elle est en sursis. Mais pour la première fois depuis très longtemps, une partie de ses habitants et de ses dirigeants croit que ce sursis peut être prolongé, transformé, peut-être un jour, en autre chose.
Mogadiscio importe, non pas comme une curiosité géopolitique, mais comme un archétype. Elle est le modèle le plus extrême de la ville post-conflit du XXIe siècle, un laboratoire où se jouent toutes les tensions de notre époque : la mémoire contre l’oubli, la sécurité contre la liberté, le spectacle médiatique contre la réalité vécue. Son combat pour exister au-delà de sa définition par la guerre est un miroir tendu à d’autres villes meurtries, de Beyrouth à Sarajevo, et maintenant à Marioupol. Elle démontre, parfois cruellement, comment une urbanité survit lorsque toutes les structures de l’État se sont effondrées.
Son impact est diasporique. Les « Little Mogadishu » de Minneapolis, Londres ou Toronto sont des extensions nerveuses de la capitale somalienne. Les transferts d’argent (les hawalad) qui y transitent maintiennent l’économie à flot. Les débats politiques qui y font rage alimentent les factions sur place. Mogadiscio est une capitale déterritorialisée, dont l’influence et les traumatismes se répercutent sur des milliers de kilomètres. La soumission à l’UNESCO en février 2024 n’est pas qu’une procédure administrative ; c’est une tentative de reprendre le contrôle d’un récit national, de l’arracher aux seules mains des nouvelles internationales et des groupes armés. C’est une bataille pour la souveraineté culturelle.
« Mogadiscio n'est pas en train de renaître. Elle est en train de se réinventer. La ville d'avant 1991 est morte. La question est de savoir quel organisme urbain va émerger des ruines : une réplique sécurisée et aseptisée pour les élites et les étrangers, ou un espace vivant, complexe et inclusif pour tous ses habitants ? L'issue est incertaine. » — Leïla Mesbah, sociologue urbaine spécialiste des villes post-conflit
L’enthousiasme pour la timide ouverture touristique mérite un examen critique féroce. Ce tourisme opère une double violence. Premièrement, il transforme la souffrance et la résilience d’une population en produit de consommation pour privilégiés. Le circuit type, avec ses arrêts photo au marché de Bakara et à la plage de Lido, réduit une réalité complexe et douloureuse à une série de clichés exotiques. Deuxièmement, il crée une économie parallèle de la sécurité qui renforce les inégalités. L’argent va aux agences privées, aux hôtels bunkérisés, pas aux commerçants du quartier de Hamar Weyne dont la boutique risque d’être soufflée par un attentat.
Le récit diplomatique, lui aussi, présente des fissures. La réussite de la réunion de la Corne de l’Afrique en janvier 2026 est indéniable sur le plan protocolaire. Mais elle a requis un déploiement sécuritaire qui a paralysé des quartiers entiers de la ville pendant plusieurs jours. Quel progrès représente une normalisation qui doit être imposée par la force, dans une bulle étanche ? Cette performance de stabilité peut même se retourner contre ses organisateurs. Elle élève les attentes à un niveau que l’appareil d’État, encore faible et corrompu, est incapable de maintenir au quotidien. Le moindre incident est alors perçu non comme un aléa dans un processus de reconstruction, mais comme une preuve d’échec cuisant.
Enfin, la focalisation sur Mogadiscio, l’îlot supposément sûr, occulte le désastre du reste du pays. Elle perpétue le schéma d’un gouvernement central confiné dans sa capitale, coupé des territoires qu’il est censé administrer. La ville devient un écran de fumée, volontaire ou non, qui masque l’étendue du contrôle d’Al-Shabaab dans les campagnes. La reconstruction authentique ne pourra pas venir d’une capitale-forteresse qui ignore sa propre arrière-pays.
Les prochains mois offrent des échéances concrètes qui permettront de mesurer la trajectoire réelle de la ville. La décision de l’UNESCO concernant la Liste indicative soumise en 2024 est attendue pour fin 2026 ou début 2027. Une inscription, même seulement sur la liste indicative renforcée, serait un coup de projecteur mondial d’une nature radicalement différente : elle parlerait de culture, d’histoire, de beauté, et non de guerre. Elle attirerait un autre type de visiteurs – des académiques, des archéologues, des conservateurs – et imposerait des standards internationaux de préservation.
Sur le plan politique, la prochaine grande réunion régionale, potentiellement la 28e session ministérielle de l'initiative de la Corne de l'Afrique, sera un test. Si elle se tient à nouveau à Mogadiscio au premier semestre 2027, cela signifiera que la performance de 2026 n’était pas un accident, mais le début d’une normalisation diplomatique durable. Le gouvernement mise également sur la finalisation du retrait programmé des forces de l’ATMIS pour prouver la capacité de son armée nationale à tenir la ville seule. Un pari risqué.
L’économie du tourisme de l’extrême, elle, atteindra vite ses limites. Le marché est minuscule. Sa durabilité est liée à la capacité des agences à maintenir une illusion de danger contrôlé – un équilibre instable qui peut basculer à tout moment. Le développement d’un tourisme diasporique plus structuré, visant les millions de Somaliens de l’étranger désireux de revoir leur pays en famille, représente un potentiel économique bien plus substantiel et éthiquement plus solide.
Le soir tombe sur l’aéroport Aden Adde. Un nouveau convoi de 4x4 blindés s’approche de la zone d’embarquement, escortant trois visiteurs au teint pâle et aux équipements photo dernier cri. Ils parlent fort, nerveux, l’adrénaline de la semaine encore dans les veines. De l’autre côté de la barrière, une famille somalienne revenant de Dubai pousse des chariots pleins de cadeaux et d’électroménager. Les deux groupes s’ignorent. Ils viennent de vivre deux séjours radicalement différents dans la même ville. Ils en emportent deux récits inconciliables. Lequel est le vrai ? Tous les deux. C’est cela, la vérité de Mogadiscio : elle est multiple, fracturée, et se raconte désormais à plusieurs voix, entre le chuchotement de ceux qui y vivent et le claquement sec des portières blindées de ceux qui viennent la visiter.
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