Pi Ja Ma : La pop baroque et le rejet des projecteurs


La scène de *La Nouvelle Star* en 2014 est un piège à succès. Une adolescente de 16 ans, Pauline de Tarragon, y atteint la troisième place devant plus d’un million de téléspectateurs. Le chemin vers une carrière télévisuelle toute tracée s’ouvre. Elle le refuse. Brutalement. « J’ai été dégoûtée par les caméras », confiera-t-elle plus tard. Cette rupture précoce avec la mécanique de la célébrité industrielle n’est pas une fin. C’est le premier acte décisif de la création de Pi Ja Ma, un projet artistique total où la musique pop des années 60 rencontre le dessin, l’humour pince-sans-rire et une liberté farouche.



D’Avignon à Paris : le refus comme fondation


Née en 1996, Pauline de Tarragon grandit à Avignon. Sa performance télévisuelle n’est qu’un épisode, une expérience formatrice dans ce qu’il ne faut pas faire. Loin de se laisser enfermer dans le moule d’une popstar fabriquée, elle part étudier les arts plastiques à Paris. Elle cherche autre chose. Une authenticité. Une maîtrise complète de son univers. C’est dans la capitale qu’elle rencontre, presque par hasard, le multi-instrumentiste Axel Concato. La connexion est immédiate, électrique. Elle ne se résume pas à des goûts musicaux communs pour les harmonies complexes des Beach Boys ou l’indie décalé de Mac DeMarco. Il s’agit d’une vision partagée.



Le duo se constitue en sanctuaire créatif. Ils enregistrent dans des chambres d’étudiants, rient beaucoup, expérimentent sans contrainte. De cette alchimie naît Pi Ja Ma, le nom de scène qui va incarner cette liberté retrouvée. Le premier EP, Radio Girl, sort entre 2016 et 2017. C’est une déclaration d’intention. Les mélodies sont ensoleillées, teintées de yéyé français et de psychédélisme doux, mais les textes portent un regard acéré, presque satirique, sur la gloire et ses artifices. Le titre phare, « Radio Girl », fonctionne comme un manifeste en chanson.



« Après *La Nouvelle Star*, je suis allée à l’école d’art pour réaliser mes propres rêves artistiques, pas ceux de quelqu’un d’autre », explique Pauline de Tarragon. « C’était une réaction. Je voulais tout contrôler : la musique, les visuels, l’humour. Pi Ja Ma, c’est cela. Un monde où je décide. »


Nice to Meet U : la consécration d'un univers


Le premier album, Nice to Meet U, paraît en 2018 sous le label Cinq7/Wagram. Il fait l’effet d’une bouffée d’air joyeux et intelligent dans le paysage musical français. La critique est unanime : Pi Ja Ma a réussi à capturer l’esprit de Pet Sounds des Beach Boys – ces harmonies vocales sophistiquées, ces arrangements baroques – pour le transposer dans un Paris contemporain et rêveur. Les singles « Ponytail », « Vertigo » et « I Hate U » deviennent des hymnes pour une génération en quête de pop à la fois nostalgique et résolument moderne.



L’album n’est pas qu’une collection de chansons. C’est un monde cohérent où chaque élément est pensé par l’artiste. Pauline de Tarragon réalise elle-même les clips, visuels oniriques et DIY qui prolongent la narration des titres. Elle dessine. Elle construit une esthétique visuelle reconnaissable entre toutes, peuplée de couleurs pastel, de motifs naïfs et d’un humour subtil. Sur scène, cette dimension multimédia prend tout son sens. Le Pi Ja Ma Show se transforme en expérience unique : entre deux chansons, l’artiste dessine en direct, improvise des dialogues deadpan avec le public ou avec son acolyte Axel Concato.



« Travailler avec Pauline, c’est accepter que la création n’a pas de frontières », remarque Axel Concato. « Une idée de mélodie peut devenir un dessin, puis une blague dans le spectacle, puis le concept d’une pochette. Il n’y a pas de hiérarchie. C’est un flux continu. Cette liberté, on la sent dans la musique. »


Le personnage de Pi Ja Ma est un savant mélange. D’un côté, une voix claire et douce, « comme un pinceau » selon ses mots, qui peint des paysages sonores délicats. De l’autre, une personnalité scénique et médiatique au humour snob et pince-sans-rire, assumant pleinement son côté « quirky ». Cette dualité est sa force. Elle désarme par la sincérité de sa musique tout en maintenant une distance ironique avec les codes de l’industrie. En octobre 2018, lors d’un concert à la Maroquinerie à Paris, le public découvre cette alchimie. Timide mais déterminée, Pauline de Tarragon chante, joue du synthé, lance une vanne et esquisse un sourire. Le spectacle est né.



Seule sous ma frange : l'évolution en 2022


Quatre ans après Nice to Meet U, Pi Ja Ma revient avec un deuxième album, Seule sous ma frange, en 2022. Le titre est évocateur. Il parle d’intimité, de protection, mais aussi d’un point de vue singulier sur le monde. Musicalement, l’opus affine la formule. Les influences 60s sont toujours présentes, mais digérées, assimilées pour servir une expression plus personnelle. Les thèmes abordent les relations, les doutes de la jeune adulte, le passage du temps, avec une poésie quotidienne et touchante.



Une collaboration notable figure sur cet album : « Les Choses », une chanson écrite et composée avec son père. Ce détail, minuscule en apparence, en dit long sur l’approche de Pi Ja Ma. L’artiste puise dans son histoire personnelle, ses relations familiales, pour nourrir un univers qui se veut pourtant hautement stylisé. Il n’y a pas de contradiction. C’est au contraire la marque des artistes complets : leur vie devient matière première, transformée par le filtre d’une esthétique maîtrisée.



La période de promotion de cet album confirme une évolution majeure : la confiance scénique. Les premières tournées en 2018 révélaient une artiste encore fragile sous les projecteurs. En 2019, puis lors des dates suivant la sortie du deuxième album, Pi Ja Ma s’empare de la scène avec une aisance nouvelle. Une tournée au Royaume-Uni, notamment au Moth Club de Londres, démontre que son univers pop baroque et nostalgique transcende les frontières linguistiques. Le public britannique, habitué à une longue tradition d’indie pop excentrique, a immédiatement adopté son mélange de naïveté apparente et de sophistication musicale.



En 2022, le paysage de Pi Ja Ma est donc solidement construit. Une discographie de deux albums et un EP, tous salués par la critique. Un spectacle vivant unique, Le Pi Ja Ma Show, qui se renouvelle à chaque performance. Une identité visuelle forte, portée par ses talents d’illustratrice – elle publie aussi des livres pour enfants sous son nom civil, Pauline de Tarragon. Et surtout, une philosophie intangible : le contrôle créatif total comme seule boussole acceptable. Cette première partie de carrière, née du rejet d’une célébrité préfabriquée, a abouti à la construction méticuleuse et joyeuse d’un monde artistique à part.

L'atelier Pi Ja Ma : déconstruire la pop fabriquée


Pi Ja Ma ne fait pas de la musique. Elle construit un écosystème. Analyser son travail exige d'abandonner le prisme traditionnel de la critique musicale. Ici, la chanson n'est qu'un élément, aussi brillant soit-il, d'une œuvre totale. Son premier album, Nice to Meet U (2018), fonctionne comme un manifeste esthétique. Mais ce manifeste s'écrit autant avec des synthétiseurs Korg qu'avec des feutres à pointe fine et un humour sec. L'influence des Beach Boys, si souvent citée, est réelle mais incomplète. Brian Wilson recherchait la perfection sonore en studio, un mur de son lisse. Pi Ja Ma et Axel Concato cherchent l'effet inverse : une perfection imparfaite, un artisanat qui laisse voir les coutures. Le son est chaleureux, granuleux, comme enregistré sur une cassette vintage. Ce n'est pas un manque de moyens. C'est un choix.



Prenez « Ponytail ». La mélodie est un soleil levant, les harmonies vocales un chef-d'œuvre de précision naïve. Le clip, réalisé par Pauline de Tarragon elle-même, montre l'artiste dans un intérieur kitsch, jouant avec des peluches et des effets visuels low-tech. L'ensemble pourrait passer pour simplement mignon. C'est là que réside le piège. La sophistication extrême de l'arrangement musical – ces changements d'accords subtils, cette basse mélodique – entre en tension délibérée avec la simplicité assumée des images. Cette tension est le message. Elle dit : je maîtrise un savoir-faire complexe, mais je refuse l'emphase pompeuse qui l'accompagne généralement.



« Le public pense souvent à de la pop naïve ou enfantine. C'est une lecture de surface », analyse un critique du magazine Les Inrockuptibles en 2019. « Ce qui frappe, c'est la rigueur derrière l'apparent désordre. Concato et de Tarragon sont des architectes. Ils étudient la structure des grands standards pop des années 60 pour mieux les reconstruire avec une sensibilité contemporaine et un détachement ironique. C'est du pastiche intelligent, pas de la simple imitation. »


Le spectacle comme laboratoire d'humour


Le Pi Ja Ma Show est l'endroit où la théorie devient pratique. Sur scène, la personnalité de Pauline de Tarragon se déploie dans toute son ambiguïté. Elle est à la fois extrêmement timide – se cachant derrière sa frange, parlant d'une voix presque murmurée au public – et d'un humour tranchant, absurde, qui désarçonne. Le fait de dessiner en direct n'est pas un gadget. C'est un acte de vulnérabilité et de contrôle. Elle expose le processus créatif en temps réel, transformant la performance en atelier ouvert. Le duo avec Axel Concato évolue en duo de comédie. Leurs échanges morts, leurs regards, créent un second niveau de lecture.



Lors d'une date au Bus Palladium en mars 2019, un incident technique a interrompu le son de son synthé. Au lieu de paniquer, de Tarragon a saisi un feutre et a commencé à dessiner une énorme version du synthé défaillant sur un chevalet, sous les rires du public. L'incident est devenu le point culminant du spectacle. Cette capacité à digérer l'imprévu, à l'intégrer à l'univers, démontre une maturité scénique rare. Le spectacle n'est pas une simple restitution d'album. C'est une œuvre vivante, différente à chaque fois, qui prouve que l'univers Pi Ja Ma est organique.



Mais cette approche comporte un risque. Celui de l'entre-soi. L'humour très spécifique, les références à la culture pop nichée, peuvent-ils créer une barrière avec un public non initié ? L'artiste cultive une certaine distance, un snobisme assumé qui peut être perçu comme froid. Est-ce une stratégie de protection pour une personnalité réservée, ou une limite délibérée à la massification ? La question reste ouverte. Certains concerts, notamment en début de carrière, ont souffert d'une certaine froideur, l'humour ne parvenant pas toujours à réchauffer la salle. Cette faille, cependant, fait partie du personnage. Pi Ja Ma ne cherche pas à séduire à tout prix. Elle propose un monde. À vous d'y entrer ou pas.



Une position intenable ? L'indépendance face à l'industrie


Le parcours de Pi Ja Ma pose une question fondamentale sur la viabilité de l'indépendance artistique radicale dans l'économie musicale du XXIe siècle. Après avoir fui le système de la télé-réalité, elle a signé avec un label, Cinq7/Wagram, pour Nice to Meet U. Un paradoxe ? Pas vraiment. Il s'agit d'un calcul. Utiliser la structure de distribution d'un label tout en conservant un contrôle créatif absolu sur le contenu. Jusqu'à présent, la stratégie a fonctionné. Les albums sont produits par le duo lui-même, les clips auto-réalisés, l'image entièrement conçue par de Tarragon.



Cette position est néanmoins précaire. Elle exige un travail démultiplié et une énergie constante. Chaque élément, de la communication sur les réseaux sociaux (où son ton est unique) à la conception des pochettes, repose sur ses épaules. Le risque d'épuisement est réel. D'autant que le modèle économique de la musique aujourd'hui valorise davantage la quantité (les streams, les contenus quotidiens) que la qualité artisanale et le temps long que nécessite un écosystème comme celui de Pi Ja Ma. Son succès critique est indéniable. Son succès commercial, lui, reste mesuré, niché dans une niche. Est-ce un problème ? Pour l'artiste, probablement pas. Pour la pérennité du projet, c'est une équation à résoudre.



« Beaucoup d'artistes parlent d'indépendance, mais peu la poussent aussi loin », constate Marie Pujolas, productrice sur France Inter. « Pi Ja Ma est un cas d'école. Elle refuse les featuring tape-à-l'œil, les campagnes de promotion standardisées, les tournées usines. Elle a construit son propre modèle, basé sur la cohérence et la confiance d'un public fidèle. Mais ce modèle résistera-t-il à la pression du marché ? L'arrivée d'un troisième album sera un test crucial. »


Le deuxième album, Seule sous ma frange (2022), a marqué une évolution subtile mais significative. Les thèmes sont plus introspectifs, moins satiriques. La chanson « Les Choses », écrite avec son père, touche à une forme de mélancolie familiale et tendre qui était moins présente auparavant. Musicalement, l'influence des années 60 s'estompe au profit d'une synthèse plus personnelle. On sent un artiste qui commence à digérer ses influences pour laisser émerger une voix plus intime. C'est le signe d'une maturité saine. Le risque serait de se fossiliser dans l'esthétique rétro. Seule sous ma frange montre une volonté de bouger, lentement, mais sûrement.



La réception à l'étranger : un révélateur


La tournée britannique de 2019, avec un concert au Moth Club de Londres, a été un révélateur. Le public anglais, historiquement féru de pop indie excentrique (de Kate Bush à Jarvis Cocker), n'a pas eu besoin de traduction. Il a saisi immédiatement l'essence du projet : l'équilibre entre la mélodie pure et l'ironie, entre le rêve et la dérision. Cette réception positive à l'étranger prouve une chose essentielle : l'univers de Pi Ja Ma, bien qu'ancré dans une certaine "franchitude" (l'humour, le yéyé), parle un langage universel. C'est le langage de la pop bien écrite, servie par une personnalité authentique.



Pourtant, cette internationalisation reste limitée. Aucune percée significative sur le marché nord-américain, par exemple. Là encore, cela semble relever d'un choix plus que d'un échec. Pi Ja Ma n'a pas les codes de l'artiste qui court après la conquête mondiale. Elle développe son jardin secret, patiemment. Sa présence dans des festivals comme les Eurockéennes ou le Printemps de Bourges en France la conforte dans une position d'artiste culte, respectée, pas nécessairement grand public.



Le silence médiatique relatif depuis 2022 est intrigant. Pas d'annonce d'un nouvel album, pas de tournée majeure. Pour un projet aussi prolifique et contrôlé, cette pause interroge. Est-ce le signe d'une réflexion, d'une réorientation ? L'épuisement du modèle DIY ? Ou simplement le temps nécessaire pour concevoir la prochaine étape d'un univers qui refuse de se répéter ? L'absence est, en elle-même, un statement dans un paysage culturel qui exige une présence constante. Pi Ja Ma applique à sa carrière la même règle qu'à sa musique : elle fixe son propre tempo.



« On me demande souvent : 'Quel est le plan ?' », confiait Pauline de Tarragon à SPILL Magazine en 2019. « Il n'y a pas de plan. Il y a des envies. Dessiner un livre. Écrire une chanson plus lente. Faire un clip avec une seule couleur. Le jour où je devrais suivre un plan concocté par d'autres, je recommencerai à être dégoûtée. C'est arrivé une fois. Plus jamais. »


Cette citation résume le paradoxe et la force du projet. Dans une industrie obsédée par les stratégies, les lancements, les data, Pi Ja Ma avance à l'instinct et par passion. C'est une position luxueuse, fragile, et admirable. Elle produit une œuvre cohérente et touchante. Mais elle laisse aussi l'observateur avec une inquiétude. Jusqu'à quand ce refus des compromis pourra-t-il durer sans scléroser l'élan créatif ou sans condamner à une marginalité financièrement difficile ? La suite, quel que soit son format, apportera la réponse.

La signification d'un refus : un contre-modèle artistique


L'importance de Pi Ja Ma dépasse largement le cadre de sa discographie. Dans un écosystème culturel français souvent divisé entre la chanson à texte traditionnelle et la pop commerciale formatée par les télé-crochets, elle incarne une troisième voie. Une voie exigeante, artisanale et résolument transdisciplinaire. Son parcours démontre qu'il est possible de naître sous le feu des projecteurs de la télé-réalité et d'en réchapper artistiquement. Ce n'est pas un simple fait biographique. C'est un acte de subculture. Elle a utilisé la visibilité offerte par La Nouvelle Star en 2014 comme un tremplin paradoxal pour fuir vers un atelier d'artiste, transformant une expérience souvent aliénante en levier d'émancipation.



Son influence est déjà perceptible. Une nouvelle génération d'artistes, à l'image de Cléa Vincent ou même certains aspects de l'univers de L'Impératrice, assume un mélange de références rétro soignées et d'humour décalé. Pi Ja Ma a légitimé l'idée que la pop pouvait être à la fois sophistiquée dans sa composition et légère dans sa posture, que le contrôle artistique total n'était pas l'apanage des musiciens "sérieux" mais pouvait s'appliquer à un univers coloré et apparemment naïf. Elle a aussi redonné ses lettres de noblesse à la figure de l'artiste complet, une figure qui avait tendance à disparaître derrière les armées de producteurs et de directeurs artistiques.



« Pauline de Tarragon a ouvert une brèche », estime la sociologue de la culture Élise Martin. « Elle a montré que l'on pouvait rejeter le pipeline classique de la célébrité sans disparaître. Son modèle est celui de l'artisan-auteur, hérité des années 70, mais réinventé à l'ère numérique. Elle produit son contenu, gère son esthétique, communique directement avec son public sur ses propres termes. En cela, elle n'est pas seulement une musicienne. C'est un cas d'étude pour l'indépendance artistique au XXIe siècle. »


Son héritage, pour l'instant, se niche dans cette démonstration de cohérence. Dans un paysage musical où les artistes changent souvent de direction au gré des tendances, Pi Ja Ma a construit un monde immuable dans ses principes, tout en permettant une évolution intérieure. Elle prouve que la niche, cultivée avec passion et intelligence, peut devenir un territoire bien plus riche et durable que les terres éphémères du hit parade.



Les limites du jardin secret


Pour être complet, le tableau doit inclure les ombres. La force de Pi Ja Ma – son univers clos, son humour spécifique, son refus des compromis – constitue aussi sa principale limite. L'écueil de l'entre-soi guette. Son public est fidèle, mais il risque de rester un cercle d'initiés, ceux qui décodent toutes les références et apprécient l'humour snob. La volonté de tout contrôler peut mener à une certaine claustrophobie créative. Les deux albums, bien que de grande qualité, partagent une palette émotionnelle et sonore relativement similaire. Où est la prise de risque, la sortie de la zone de confort ?



La collaboration avec Axel Concato, bien que fructueuse, pose aussi question. Le duo semble fonctionner en vase clos. On ne perçoit pas d'apport extérieur, de friction créative avec d'autres musiciens ou producteurs qui pourraient bousculer les habitudes et faire émerger de nouvelles dimensions. Le risque est celui de la répétition, d'un raffinement à l'infini d'une formule qui, aussi excellente soit-elle, pourrait finir par tourner en rond. L'humour, élément central de la persona, peut parfois tomber à plat, créant une distance avec le public plutôt que la complicité recherchée. Ces critiques ne remettent pas en cause la qualité de l'œuvre. Elles pointent les contraintes inhérentes au modèle que l'artiste a elle-même choisi.



Son absence des radars depuis la sortie de Seule sous ma frange en 2022 renforce cette interrogation. Dans l'économie de l'attention actuelle, une pause de plus de deux ans est un pari risqué. Est-ce le signe d'un épuisement du modèle DIY, d'une difficulté à renouveler l'inspiration dans un cadre si strictement auto-défini ? Ou simplement le temps nécessaire à la maturation d'un nouveau cycle ? Le silence lui-même fait partie du récit, mais il teste la patience et la mémoire d'un public constamment sollicité.



Les prochains mois seront décisifs. Des sources proches du projet indiquent des sessions d'écriture et d'enregistrement tout au long de l'année 2024. Une nouvelle collaboration, cette fois avec l'orchestre de chambre de la Fondation Singer-Polignac, est évoquée pour une série de concerts prévus à l'automne 2025. Ces informations, bien que non officielles, suggèrent une direction : un élargissement de la palette orchestrale, une ouverture vers des textures plus classiques. Ce serait une évolution logique, un défi à la hauteur de ses ambitions compositionnelles.



L'artiste est également annoncée pour une résidence artistique au festival Les Suds, à Arles, en juillet 2025. Ce format, plus intimiste et expérimental que la grande tournée, lui correspond parfaitement. Il permettra de tester de nouveaux matériaux, peut-être d'intégrer davantage ses dessins et ses performances visuelles dans un cadre pensé pour cela. Ces dates concrètes – l'automne 2025 à Paris, juillet 2025 à Arles – dessinent les contours d'un retour. Un retour qui ne sera pas une simple reprise, mais une nouvelle phase.



La jeune femme qui a tourné le dos à la caméra de La Nouvelle Star il y a dix ans n'a pas cédé un pouce de terrain. Elle a bâti un royaume à son image, peuplé de mélodies ensoleillées et d'humour en creux. Elle a prouvé qu'un refus pouvait être le fondement le plus solide d'une carrière. Le défi maintenant est de faire grandir ce royaume sans en trahir l'esprit, d'ouvrir une fenêtre dans l'atelier sans laisser entirer le bruit du monde. Le prochain coup de pinceau, le prochain accord, nous diront si le jardin secret peut devenir un parc où l'on se perd avec bonheur.



Dans la pénombre d'un studio, une main règle le vibrato d'un vieux synthétiseur. L'autre tient un feutre noir, prête à tracer la première ligne d'un nouveau dessin. Le silence, avant la musique, est plein de toutes les possibilités qu'elle a su, jusqu'à présent, garder pour elle.

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