Le Nucléaire Nouvelle Génération : L'Énergie de l'Intelligence Artificielle



Le 15 janvier 2026, dans un centre de données du Midwest américain, un serveur consomma plus d'énergie qu'un quartier résidentiel pendant une heure. Il entraînait un modèle d'intelligence artificielle. Cette scène, répétée des millions de fois chaque jour, est le moteur silencieux d'une révolution énergétique. Une course contre la montre et le carbone est engagée. Et soudain, une technologie longtemps considérée comme dépassée, coûteuse et controversée retrouve une urgence vitale : l'énergie nucléaire.



Mais pas celle de nos grands-parents. Il s'agit d'une nouvelle race de réacteurs. Plus petits, plus modulaires, théoriquement plus sûrs. Les SMR (Small Modular Reactors) et les micro-réacteurs sont conçus pour être assemblés en usine, transportés par camion et déployés à côté des gouffres énergétiques qu'ils doivent alimenter. Leur promesse ? Une énergie propre, constante et massive pour l'ère numérique. Leur réalité ? Un chemin semé de défis techniques, réglementaires et politiques que l'année 2026 est en train de redéfinir.



La Soif Inassouvie des Data Centers



L'équation est simple et brutale. La demande d'électricité aux États-Unis devrait croître de 21% d'ici 2030. Un chiffre stupéfiant qui annule des décennies de gains en efficacité. Le coupable est identifié : l'explosion de l'intelligence artificielle et des infrastructures de calcul. Un data center de nouvelle génération peut consommer l'équivalent d'un demi-million de foyers. Les énergies solaire et éolienne, intermittentes par nature, peinent à fournir la puissance de base, le « baseload », requise 24 heures sur 24. Les batteries à l'échelle du réseau sont encore loin.



Cette pression a déclenché un réalignement stratégique parmi les géants de la tech. En janvier 2026, Meta a annoncé une série de projets nucléaires représentant jusqu'à 6,6 gigawatts de nouvelle capacité. Cela représente l'équivalent de six grands réacteurs traditionnels. L'objectif est clair : sécuriser une alimentation fiable et décarbonée pour son avenir dominé par l'IA. Ces projets créeront des milliers d'emplois en construction et des centaines d'emplois permanents hautement qualifiés.



L'IA ne dort pas. Elle ne prend pas de pause. Elle nécessite une énergie qui ne flanche pas. Nous voyons le nucléaire avancé non comme une option, mais comme une condition nécessaire à notre feuille de route technologique. Les engagements que nous prenons aujourd'hui construiront la grille de 2040.


Cette ruée vers les électrons propres a ressuscité des actifs que l'on croyait condamnés. Des centrales nucléaires existantes, comme la centrale de Three Mile Island aux États-Unis – tristement célèbre pour son accident en 1979 –, sont sérieusement envisagées pour un redémarrage. Extendre la durée de vie des réacteurs actuels de vingt ans supplémentaires est soudainement plus rapide et moins cher que de construire du neuf. C'est un pont vers l'avenir, une bouffée d'oxygène pour un réseau électrique à bout de souffle.



Le Mur Réglementaire et l'Exception Canadienne



Pendant ce temps, la nouvelle génération cherche à percer. Le leader, pour l'instant, n'est pas américain mais canadien. Le BWRX-300, conçu par GE Hitachi, a obtenu une licence de la Commission canadienne de sûreté nucléaire en décembre 2025. Une première pour un design de SMR en Amérique du Nord. Aux États-Unis, la Tennessee Valley Authority (TVA) a déposé une demande auprès de la Nuclear Regulatory Commission (NRC) pour accélérer l'examen de ce même réacteur. Le contraste est frappant.



La NRC, l'autorité de sûreté américaine, n'a homologué qu'un seul design de SMR : le modèle de 77 mégawatts de la société NuScale. Vingt-cinq nouvelles demandes sont attendues dans les cinq prochaines années. Mais le processus est notoirement long, coûteux et conçu pour des réacteurs géants des années 1970. Les cycles de combustible exotiques et les conceptions radicalement différentes des nouveaux réacteurs compliquent la tâche des régulateurs. Une collaboration sans précédent entre les États-Unis et le Canada tente maintenant d'harmoniser et d'accélérer les procédures.



Nous sommes à un point d'inflexion. Obtenir la licence au Canada a été un signal crucial pour le marché. Cela prouve qu'un design moderne peut passer le cap de la sûreté. Maintenant, le défi est industriel : construire le premier, prouver les coûts, et créer une chaîne d'approvisionnement qui n'existe pas. 2026 est l'année où les promesses doivent se transformer en béton et en acier.


L'Europe, elle aussi, opère un virage spectaculaire. L'Allemagne, après avoir fermé sa dernière centrale en 2023, a classé le nucléaire comme une énergie « verte » dans sa taxonomie des investissements durables. La Belgique a annulé sa sortie programmée du nucléaire. L'Italie, qui a banni l'atome par référendum en 1987, lève officiellement son interdiction. L'objectif de l'Union européenne est désormais d'atteindre 81,2 gigawatts de capacité nucléaire d'ici 2040. Même la Suisse et le Danemark, historiquement hostiles, reconsidèrent leur position.



La Course Mondiale et l'Avance de l'Est



Tandis que l'Occident débat et réforme, l'Asie construit. La Chine prévoit le démarrage commercial de son premier SMR, le Linglong One (ACP100), en 2026. La Russie, elle, a déjà déployé depuis 2020 un SMR flottant, l'Akademik Lomonosov, qui alimente une ville portuaire isolée dans l'Arctique. Elle travaille maintenant sur une version terrestre. Cette avance technologique et opérationnelle confère à ces pays un avantage stratégique majeur, à la fois en termes d'expertise d'ingénierie et de contrôle des chaînes d'approvisionnement futures.



Les partenariats se nouent à un rythme effréné pour rattraper le retard. En mars 2026, la société NANO Nuclear Energy a signé un protocole d'accord avec le conglomérat sud-coréen DS Dansuk. L'objectif : déployer le micro-réacteur modulaire KRONOS MMR, un réacteur à gaz à haute température, en Corée du Sud. La stratégie, d'une simplicité pragmatique, s'appelle « One Factory, One MMR ». Elle vise à fournir une énergie de base décarbonée directement sur les sites industriels énergivores, réduisant la pression sur le réseau national.



À l'échelle mondiale, les chiffres donnent le vertige. Environ 70 réacteurs sont en construction, principalement en Chine, en Inde et en Russie. Cent quinze autres sont planifiés, représentant environ 110 gigawatts électriques. Plus de trois cents projets sont proposés. L'élan est incontestable. Mais derrière cette carte mondiale impressionnante se cache une faille critique, un goulot d'étranglement qui pourrait tout arrêter : la question du combustible.



Les réacteurs de nouvelle génération les plus avancés ne fonctionnent pas avec le combustible nucléaire standard. Ils nécessitent de l'HALEU (High-Assay Low-Enriched Uranium), un uranium enrichi entre 5% et 20%. Problème : aujourd'hui, seule la Russie produit de l'HALEU à l'échelle commerciale. Les États-Unis ont produit environ une tonne. Les besoins sont estimés à 40 tonnes d'ici 2030, puis entre 3 500 et 7 200 tonnes d'ici 2050 pour soutenir un déploiement massif. La création de cette chaîne d'approvisionnement souveraine est une course dans la course, financée par des milliards de dollars d'investissements publics mais retardée par des années de sous-investissement.



L'année 2026 sera donc celle du passage des annonces aux décisions. Quatre projets majeurs de SMR à travers le monde devraient atteindre des jalons décisifs : une demande de licence officielle, une Décision Finale d'Investissement (FID), ou la signature d'un Contrat d'Achat d'Électricité (PPA). Au total, 6,7 gigawatts de capacité pourraient franchir le seuil critique de la FID dans les prochaines années. Ce sont ces projets pionniers, leurs succès et leurs échecs, qui écriront le manuel de déploiement pour les décennies à venir. L'intelligence artificielle a allumé la mèche. C'est maintenant à l'industrie nucléaire de prouver qu'elle peut fournir l'explosion d'énergie propre promise, sans se faire sauter elle-même par la complexité et les coûts.

L'Art de la Miniaturisation Nucléaire : Promesses et Pièges



Le principe semble irréfutable. Prenez une technologie complexe, coûteuse et géante. Réduisez-la. Fabriquez-la en série dans une usine propre. Transportez-la par camion. Assemblez-la comme des Lego sur site. Vous obtenez une révolution économique. C'est la théorie des Small Modular Reactors. La réalité, elle, a toujours été plus têtue.



Un SMR typique développe une capacité allant jusqu'à 300 mégawatts. Sa taille physique est environ dix fois inférieure à celle d'un réacteur traditionnel. L'argument de l'empreinte au sol est frappant : une installation SMR de 920 MW nécessite environ 35 acres. Une centrale classique de puissance équivalente en engloutit près de 500. Cette compacité ouvre des portes. On imagine ces unités nichées à côté d'un complexe chimique pour fournir de la chaleur industrielle, ou sur le site d'une usine de dessalement, ou encore alimentant un data center isolé.



"La fabrication en usine n'est pas qu'une question d'efficacité. C'est une refonte totale du paradigme de construction. Elle réduit les aléas climatiques, améliore le contrôle qualité et permet un déploiement en série. Un chantier sur site pour une installation de 12 modules peut être réduit à environ 36 mois." — Porte-parole de NuScale Power, cité dans une analyse économique de la société.


La sécurité passive constitue le second pilier marketing. Les nouveaux designs s'appuient sur la gravité, la convection naturelle, les lois fondamentales de la physique pour arrêter et refroidir le cœur en cas de défaillance. Moins de pompes, moins de vannes, moins de systèmes actifs qui peuvent tomber en panne. L'idée est de rendre l'accident physiquement impossible, ou du moins infiniment plus difficile à provoquer. C'est une réponse directe aux traumatismes de Fukushima.



Mais la miniaturisation a un prix, et il n'est pas seulement financier. Un rapport académique publié dans PNAS Nexus en 2023 a jeté un seau d'eau glacée sur l'enthousiasme ambiant. Son analyse est impitoyable. Les SMR, en renonçant à la taille, renoncent aux économies d'échelle qui ont toujours été le seul avantage économique tangible du nucléaire. Le coût par kilowatt installé augmente à mesure que la taille diminue. L'électricité produite par ces petits réacteurs sera, mathématiquement, plus chère que celle de leurs grands frères.



"Il est irréaliste de s'attendre à ce que les SMR se qualifient comme technologie éprouvée à court terme. Le nombre de SMR actuellement en exploitation ou en construction est très limité, et les performances des SMR actuellement en service ont été décevantes." — Extrait de l'analyse, PNAS Nexus, 2023.


Le déficit de démonstration est colossal. Comment vendre une technologie « éprouvée » quand il n'existe pratiquement pas d'exemplaires en fonctionnement commercial dans le monde occidental ? La crédibilité de toute la filière repose sur une poignée de prototypes et des simulations informatiques. Les premiers clients, les Meta et autres géants industriels, sont-ils prêts à parier des milliards et la sécurité de leurs opérations sur des promesses d'ingénieurs ?



Le Mirage de la Chaîne d'Approvisionnement et des Compétences



L'argument de la fabrication en série bute sur une réalité industrielle anémique. Où sont les usines dédiées ? Où sont les chaînes de production pour les cuves sous pression, les générateurs de vapeur, les systèmes de contrôle hautement spécialisés ? Elles n'existent pas. Les construire demandera des investissements pharaoniques et la certitude d'une commande ferme sur des dizaines, voire des centaines d'unités. C'est le serpent qui se mord la queue.



Et qui fera fonctionner ces milliers de mini-réacteurs disséminés à travers le globe ? La pénurie de main-d'œuvre qualifiée est déjà un problème aigu pour le parc nucléaire existant. Le rapport du PNAS Nexus souligne que la main-d'œuvre locale qualifiée nécessaire pour exploiter ces réacteurs n'est pas disponible dans de nombreux pays en développement intéressés. Former des équipes complètes d'opérateurs, d'ingénieurs de sûreté et de spécialistes en maintenance demande des années. L'industrie promet une réduction des besoins en personnel sur site par un facteur de deux à trois. Mais cette automatisation accrue exige en contrepartie des compétences encore plus pointues en cybersécurité et en ingénierie des systèmes.



"La promesse d'une énergie nucléaire 'plug-and-play' pour les pays émergents est un leurre dangereux si elle n'est pas accompagnée d'un transfert de compétences radical et de cadres réglementaires solides. On ne livre pas un réacteur comme on livre une turbine à gaz." — Analyste en sûreté nucléaire, Institut pour la Sûreté et la Sûreté Globales.


Le défi est systémique. Il ne s'agit pas de régler un bug technique, mais de faire émerger un écosystème industriel entier à partir de presque rien, et sous la pression du temps. L'urgence climatique et la frénésie de l'IA imposent un calendrier accéléré que l'industrie lourde n'a pas l'habitude de respecter.



Le Nouveau Monde : Applications au-delà de l'Électricité



Pour trouver une véritable raison d'être économique, les SMR doivent s'échapper du carré électrique. Leur avenir réside peut-être moins dans la production de kilowattheures que dans la fourniture de chaleur industrielle à haute température. C'est là que leur compacité et leur potentiel de déploiement sur site deviennent un avantage décisif.



Imaginez une cimenterie ou une aciérie. Ces installations consomment des montagnes de gaz naturel pour générer de la chaleur à plus de 800°C. Un micro-réacteur comme le KRONOS MMR, un réacteur à gaz à haute température, peut directement remplacer cette flamme fossile. Il fournit une chaleur constante, sans combustion, sans émissions de CO2. La stratégie « One Factory, One MMR » défendue par NANO Nuclear et DS Dansuk cible précisément ce marché. La production de plastiques, le raffinage d'hydrogène, le dessalement à grande échelle sont autant de débouchés non-électriques qui pourraient justifier le coût premium du SMR bien avant que la compétitivité sur le marché de l'électricité de masse ne soit atteinte.



Cette vision transforme le SMR d'une centrale électrique en une « batterie thermique » nucléaire. Elle le positionne non pas en concurrent des renouvelables, mais en partenaire complémentaire pour décarboner les secteurs les plus difficiles de l'industrie lourde. Un secteur qui représente près de 25% des émissions globales et pour lequel il n'existe aujourd'hui pratiquement pas de solutions viables.



"Au-delà des data centers, l'impact le plus profond du nucléaire avancé sera sur l'industrie. Fournir de la chaleur de processus décarbonée est un marché bien plus large et plus critique pour la transition que d'alimenter des serveurs. C'est là que la valeur est créée." — Directeur de la Stratégie, Fonds pour l'Énergie Nucléaire de BNP Paribas.


Cette flexibilité est un atout majeur. Un même design modulaire pourrait, sur un site, produire de l'électricité pour le réseau et, sur un autre site, cogénérer de la chaleur pour une usine. Cette polyvalence est une réponse à l'intermittence des renouvelables. Lorsque le soleil brille et que le vent souffle, le SMR peut réduire sa production électrique et basculer sa puissance thermique vers l'application industrielle. Il devient un pivot régulateur dans un mix énergétique complexe.



Mais cette beauté théorique se heurte à nouveau à la dure loi de la physique et de la réglementation. Les réacteurs à haute température nécessitent des combustibles et des matériaux spéciaux. Les processus d'homologation pour ces applications non-électriques sont encore plus flous et embryonnaires que pour la production d'électricité. Les industriels, habitués au coût marginal du gaz, seront-ils prêts à payer pour cette décarbonation ? La question reste ouverte, et la réponse déterminera si les SMR restent une curiosité de niche ou deviennent une pièce maîtresse de la décarbonation.



La Géopolitique du Combustible : Le Piège de l'HALEU



Tout cet édifice repose sur un élément minuscule et rare : des pastilles de combustible HALEU. Sans lui, la majorité des designs de réacteurs avancés les plus prometteurs ne sont que des sculptures d'acier inoxydable. La dépendance à l'HALEU n'est pas un détail technique. C'est une faille géopolitique béante.



Aujourd'hui, la Russie détient un quasi-monopole sur la production commerciale de ce combustible enrichi entre 5% et 20%. Les États-Unis ont un programme de développement, mais la production est anecdotique : environ une tonne. Les besoins projetés sont vertigineux : 40 tonnes d'ici 2030, puis entre 3 500 et 7 200 tonnes d'ici 2050. Créer cette capacité ex nihilo n'est pas une question de financement – bien que des milliards de dollars y soient consacrés –, mais de temps. La construction d'usines d'enrichissement, le développement de chaînes de fabrication de combustible, les cycles d'essais et d'homologation se comptent en décennies, pas en trimestres.



Cette situation place les développeurs de SMR occidentaux dans une position intenable. Ils conçoivent des réacteurs pour un combustible qui n'existe pas à l'échelle requise. Leurs calendriers de déploiement sont donc directement indexés sur le succès d'un programme industriel séparé, hors de leur contrôle. Certains, comme les concepteurs du BWRX-300, ont fait le choix stratégique de fonctionner avec du combustible standard de réacteur à eau légère, disponible commercialement. C'est un pari sur la rapidité du déploiement contre la performance ultime.



"La question de l'HALEU n'est pas un obstacle, c'est un mur. Nous ne pouvons pas construire une flotte de voitures de course si personne ne produit l'essence spéciale qu'elles nécessitent. La feuille de route actuelle est un pari risqué : que la demande des réacteurs créera l'offre de combustible. L'histoire industrielle nous apprend que cela se passe rarement bien." — Chercheur en politique énergétique, Partnership for Global Security.


La Chine, là encore, avance avec une stratégie intégrée. Son programme SMR est couplé à ses capacités nationales d'enrichissement. Elle ne dépend de personne. Cette autonomie stratégique lui donne une liberté d'action et une vitesse d'exécution que l'Occident lui envie. Le premier SMR chinois entrera en service commercial en 2026, alimenté par une chaîne d'approvisionnement souveraine. Ce simple fait résume le décalage.



Alors, les SMR sont-ils la solution miracle ou un mirage technologique de plus ? La vérité, frustrante, est qu'ils sont les deux. Leur potentiel pour décarboner l'industrie et stabiliser un réseau envahi par des énergies intermittentes est réel et profondément nécessaire. Mais la voie qui mène de la maquette en salle blanche à la ferme de réacteurs produisant une énergie fiable et abordable est incroyablement étroite. Elle est encombrée d'obstacles économiques, industriels, réglementaires et géopolitiques que l'urgence actuelle rend plus visibles, mais pas nécessairement plus faciles à surmonter. L'année 2026 ne sera pas celle de la victoire des SMR. Elle sera celle où l'on saura s'ils ont une chance de gagner la guerre.

Une Croisée des Chemins pour l'Industrie Énergétique



L'engouement pour le nucléaire nouvelle génération transcende la simple question technique. Il marque un tournant philosophique dans la lutte contre le changement climatique. Après des décennies dominées par le mantra de la décroissance et des énergies diffuses, une faction influente d'écologistes, d'ingénieurs et de décideurs embrasse à nouveau l'idée d'une abondance énergétique centralisée et pilotable. Le débat n'est plus « renouvelables contre fossiles », mais « énergies intermittentes contre énergie ferme ». Les SMR et leurs dérivés représentent la proposition la plus audacieuse pour l'abondance ferme et décarbonée.



Cette renaissance nucléaire redéfinit les alliances géopolitiques. La Corée du Sud, par son accord avec NANO Nuclear, ne cherche pas seulement de l'énergie. Elle acquiert une technologie qui pourrait faire d'elle un exportateur clé vers l'Asie du Sud-Est. Les États-Unis, en poussant une réforme de la NRC et en finançant massivement l'HALEU, tentent désespérément de rattraper l'avance russe et chinoise pour ne pas perdre le contrôle des standards technologiques et de sûreté de demain. L'énergie nucléaire redevient, comme dans les années 1950, un marqueur de puissance souveraine.



"Ce que nous voyons n'est pas un cycle. C'est une recalibration fondamentale. L'IA a exposé la fragilité de notre système électrique face à une demande inélastique. Les SMR, s'ils réussissent, ne seront pas qu'une source d'électricité. Ils seront l'infrastructure critique qui rend l'intelligence artificielle, et donc une grande partie de la croissance économique future, physiquement possible." — Économiste en chef, Wood Mackenzie.


L'héritage de cette période se jouera sur deux plans. Sur le plan physique, il déterminera si nos réseaux électriques du milieu du siècle seront structurés autour de millions de points de production solaire et éolienne, ou d'un réseau de milliers de mini-centrales nucléaires modulaires. Sur le plan politique, il testera la capacité des démocraties occidentales à exécuter des projets d'infrastructure complexes face à des régimes autoritaires qui construisent sans débat public. L'enjeu est la souveraineté industrielle du siècle.



Le Poids des Échecs Passés et le Spectre des Coûts



L'enthousiasme doit être tempéré par le souvenir cuisant des échecs. Le projet Vogtle en Géorgie, avec ses unités 3 et 4, est l'épouvantail que tout le monde essaie d'oublier. Des années de retard, un budget multiplié par plus de deux. Ces déboires ne sont pas des anomalies. Ils sont les symptômes d'une maladie industrielle : la perte de la capacité à construire de grands ouvrages complexes dans les temps et les budgets. Rien ne prouve que la construction modulaire en usine échappera à cette malédiction. Les premières unités de SMR seront inévitablement plus chères que prévu. La question est de savoir si la courbe d'apprentissage sera assez raide pour que la dixième ou la centième unité atteigne la compétitivité promise.



La critique la plus corrosive vient des défenseurs historiques des renouvelables. Ils pointent un paradoxe : au moment où le solaire et l'éolien atteignent des coûts historiquement bas et où les solutions de stockage progressent rapidement, l'industrie mise des centaines de milliards sur une technologie non éprouvée et intrinsèquement plus chère à petite échelle. Ne s'agit-il pas d'un détournement massif de capitaux et d'attention politique qui retarderait la transition, plutôt que de l'accélérer ? Le risque est de créer une « industrie zombie » soutenue par des subventions étatiques pour combler un déficit de compétitivité qui ne se résorbera jamais.



La gestion des déchets, l'épineuse question, n'est pas résolue par la miniaturisation. Un SMR produit, à électricité égale, plus de déchets que les grands réacteurs, en raison d'une neutronique moins efficace. Les projets de réacteurs de Génération IV, qui pourraient « brûler » ces déchets, sont encore au stade du dessin sur papier. Nous ajoutons donc une nouvelle couche de complexité à un problème déjà insoluble politiquement.



Enfin, il y a le risque de sécurité distribué. Concentrer la production nucléaire dans quelques centaines de sites fortement gardés est une chose. La disperser sur des milliers de sites industriels, parfois dans des régions instables, en est une autre. La protection physique contre les actes de malveillance devient un défi d'une ampleur inédite. La cybersécurité de ces systèmes connectés, essentiels au fonctionnement de l'économie, sera un aimant pour les attaques étatiques.



Le Calendrier de la Vérité : 2026-2030



Les prochains mois seront décisifs. D'ici fin 2026, quatre projets SMR majeurs doivent franchir des jalons irréversibles : la décision finale d'investissement pour le BWRX-300 au Canada, la signature du premier contrat d'achat d'électricité ferme pour un SMR aux États-Unis, le début de la construction du premier SMR terrestre russe, et le démarrage commercial effectif du Linglong One en Chine. Chacun de ces événements sera scruté comme un indicateur de la viabilité de toute la filière.



La Tennessee Valley Authority (TVA) a soumis sa demande de construction pour le BWRX-300 à la NRC. La réponse de l'autorité de sûreté américaine, attendue d'ici mi-2027, définira le tempo pour toutes les autres demandes en file d'attente. Un rejet ou une demande de modifications majeures pourrait ajouter des années de délai et briser la dynamique.



Du côté du combustible, les premiers kilogrammes d'HALEU produits par des usines américaines doivent sortir des chaînes d'essai en 2027. Leur qualité et leur coût donneront la première mesure tangible de la capacité de l'Occident à se libérer de la dépendance russe.



Meta et les autres géants de la tech ont annoncé des projets, mais pas encore signé de chèques définitifs pour des réacteurs spécifiques. Leur décision d'engagement financier direct, probablement en 2027, sera le signal le plus clair du marché privé. Si ces entreprises, obsédées par le retour sur investissement, parient des milliards sur le nucléaire avancé, les sceptiques devront revoir leurs calculs.



D'ici 2030, nous saurons. Soit une première vague de SMR sera en service commercial, prouvant (ou infirmant) les promesses de coût et de délai de construction. Soit les projets auront sombré dans les retards et les dépassements budgétaires, confirmant les lois d'airain de l'ingénierie nucléaire. Il n'y aura pas de juste milieu. L'industrie aura fait la démonstration de sa renaissance, ou elle aura épuisé son crédit politique et financier pour une génération.



Le centre de données du Midwest continue de consommer, mégawatt après mégawatt. Dans ses salles climatisées, l'intelligence artificielle forge un avenir qui exige une puissance que le présent peine à fournir. La réponse à cette demande vorace ne viendra pas d'un seul endroit. Mais le pari audacieux, risqué et coûteux de centaines d'ingénieurs et de décideurs est que, parmi les éoliennes et les panneaux solaires, une nouvelle forme d'énergie ancienne, rendue petite et modulaire, devra allumer ses premiers cœurs. Le compte à rebours est déjà enclenché.

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