La Formule 1 en 2023 : Le Vent de Changement Soufflait du Côté de Verstappen
Le 26 novembre 2023, sous les lumières aveuglantes du circuit Yas Marina, Max Verstappen franchit la ligne d’arrivée pour la dix-neuvième fois de l’année. Le silence radio qui suit n’est pas celui de l’ennui, mais du respect contraint. Dans le paddock, les ingénieurs de toutes les autres écuries échangent des regards lourds de sens. L’histoire ne se contente pas de s’écrire, elle écrase. Le score final est un verdict : 19 victoires sur 22 courses. Un taux de succès de 86,36%. Les chiffres, froids et implacables, racontent à eux seuls la saison la plus dominatrice que le sport ait jamais connue, pulvérisant un record d’Alberto Ascari vieux de 71 ans. Mais derrière cette statistique monolithique se cache une histoire plus complexe, celle d’un changement de garde brutal, d’une équipe devenue inarrêtable et d’un pilote entré dans une autre dimension.
Une Domination Mécanique, Presque Inhumaine
Comment décrire l’écart? Le championnat des pilotes a été plié en juillet. Verstappen, avec ses 575 points, a fini avec plus du double de points que son coéquipier Sergio Pérez, deuxième. L’écart entre Red Bull et Mercedes, deuxième au championnat constructeurs, est supérieur à celui qui séparait Mercedes de la dernière équipe classée. Cette suprématie n’est pas le fruit du hasard ou d’un génie solitaire. Elle est le résultat d’une convergence parfaite, presque effrayante, entre une machine, un pilote et une philosophie. La RB19 n’était pas simplement une voiture rapide ; c’était une réponse parfaite à la réglementation technique de 2022, une interprétation tellement aboutie qu’elle a laissé le reste du plateau, y compris les géants historiques Ferrari et Mercedes, dans un état de perplexité permanente.
L’ingénieur en chef de Red Bull, Pierre Waché, avait prévenu dès les tests hivernaux à Bahreïn. Sa confidence, recueillie par un journaliste de Auto Hebdo, résonne comme une prophétie accomplie :
Nous avions identifié une fenêtre de développement très étroite mais extrêmement puissante sur la suspension arrière et la gestion des flux d’air sous le plancher. Dès les premiers tours à Sakhir, nous savions que nous avions un avantage significatif. Le défi n’était plus de trouver de la performance, mais de ne pas la perdre.Cette maîtrise technique s’est traduite par une série de records qui semblent tout droit sortis d’un jeu vidéo réglé sur le niveau le plus facile : 12 victoires consécutives pour l’écurie, battant le record légendaire de McLaren (1988) ; 21 podiums en 22 courses pour Verstappen ; 13 pole positions. La machine tournait à un régime si élevé qu’elle en est devenue prévisible. Et c’est peut-être là le paradoxe de cette saison : une performance si exceptionnelle qu’elle a, par moments, étouffé le suspense.
L’Homme derrière le Volant : Max Verstappen, Version 3.0
Max Verstappen en 2023 n’était plus le jeune loup bagarreur de ses débuts chez Toro Rosso, ni même le champion chanceux et controversé de 2021. Il était devenu un métronome de la victoire. Son approche a changé. La rage est toujours là, tapie, mais elle est désormais canalisée par une sérénité déconcertante. Il ne court plus contre Lewis Hamilton ou Charles Leclerc. Il court contre la perfection, contre les limites de la RB19, contre l’histoire. Son père, Jos Verstappen, ancien pilote F1 lui-même, observe cette transformation depuis des années. Dans un rare entretien accordé à la télévision néerlandaise Ziggo Sport en octobre 2023, il analyse :
Les gens voient les victoires, la voiture rapide. Ils ne voient pas les nuits passées sur le simulateur à Melbourne, les centaines de debriefs techniques, la façon dont il mange, dont il dort, dont il s’entraîne. Max a toujours eu un talent brut. Maintenant, il a une discipline de fer. C’est ça, la plus grande différence. Il ne laisse plus rien au hasard, plus rien.
Cette discipline se voit dans ses relais. Alors que son coéquipier Sergio Pérez se débattait souvent avec l’équilibre capricieux de la monoplace, Verstappen semblait en symbiose totale avec elle. Il pouvait la pousser à la limite absolue en qualification, puis gérer une usure des pneus avec une précision chirurgicale en course. Son triplé historique (victoire, pole position et tour le plus rapide) lors du Grand Prix d’Espagne à Barcelone le 4 juin en est l’exemple parfait. Sur un circuit qui récompense l’équilibre et la constance, il a mené l’intégralité des 66 tours, réalisant un Grand Chelem. Une démonstration de force qui a envoyé un message clair au reste du paddock : la bataille pour le titre était déjà terminée.
Pourtant, cette perfection statistique cache-t-elle une faille ? Une saison sans véritable rivalité frontale, sans ce duel au sommet qui définit les grandes époques de la F1, peut-elle être considérée comme une grande saison ? La question mérite d’être posée. Les puristes grognent, évoquant les années de combat entre Senna et Prost, ou même la bataille au couteau de 2021. Mais juger l’exploit de Verstappen et de Red Bull à l’aune du spectacle est-il juste ? Ils n’ont fait que jouer, et gagner, avec les règles imposées. Leur crime est peut-être d’avoir trop bien joué.
Le vent de changement de 2023 n’était pas un simple courant d’air. C’était un ouragan qui a redessiné la carte du pouvoir en Formule 1. Red Bull, l’écurie autrefois considérée comme l’outsider énergique, est devenue l’empire. Verstappen, le jeune perturbateur, est devenu l’empereur. Mais comme tout changement aussi radical, il a suscité autant d’admiration que d’interrogations. La suite de l’histoire, celle des réactions de la concurrence, des ajustements réglementaires et de la capacité de Red Bull à maintenir cette folle cadence, s’écrira en 2024. Pour l’instant, l’année 2023 appartient, indélébilement, à un homme et à une machine.
L'Anatomie d'une Domination : Quand la Perfection Devient la Norme
La saison 2023 de Formule 1 n'était pas un championnat ; c'était une démonstration de force, une leçon magistrale de la part de Red Bull Racing et de son prodige néerlandais. Au-delà des chiffres bruts, qui suffiraient déjà à remplir les annales, se cache une convergence stratégique et technique rarement égalée. Max Verstappen a non seulement remporté 19 victoires sur 22 Grands Prix, mais il l'a fait avec un taux de réussite ahurissant de 86,36 %. Ce n'est pas une simple performance, c'est une réécriture des standards. Selon les analyses de StatsF1, sans date précise mais se référant à ses performances,
"La saison 2023 de Max Verstappen est la plus dominante jamais enregistrée dans l'histoire de la Formule 1."Une affirmation forte, mais qui, devant l'évidence des faits, ne souffre aucune contestation raisonnable. L'ombre d'Alberto Ascari, dont le record de 71 ans de neuf victoires consécutives a été pulvérisé, semble bien lointaine.
Le 26 novembre 2023, à Yas Marina, Verstappen a scellé son troisième titre mondial, sa 19e victoire de l'année. Ce furent les chiffres qui ont marqué la fin d'une saison où la question n'était jamais "qui va gagner ?", mais "qui arrivera derrière Max ?". Cette régularité implacable, cette capacité à transformer chaque opportunité en victoire, ont transformé le pilote en une entité presque mythique. Il a franchi la barre des 50 victoires en carrière dès le Grand Prix de Miami en mai 2023, un cap que seuls les plus grands de ce sport ont atteint. Plus tard, en octobre 2023, à Austin, il a battu le record du nombre de kilomètres parcourus en tête en une seule saison. Il a mené pendant 1003 tours sur les 22 Grands Prix, une statistique qui, à elle seule, illustre l'ampleur de sa domination. La concurrence, reléguée au rang de faire-valoir, ne pouvait que constater les dégâts.
Une Vitesse Brutale et une Maîtrise Exceptionnelle
La performance de Verstappen ne se résume pas à un simple avantage technique de sa Red Bull. C'est la symbiose parfaite entre l'homme et la machine qui a créé cet effet de rouleau compresseur. En octobre 2023, au Mexique, après avoir vu les Ferrari s'emparer de la première ligne, il a dépassé ses rivaux dès le premier virage pour s'envoler vers sa 16e victoire de la saison, un autre record. Cette capacité à se hisser au-dessus de la mêlée, même lorsque les conditions ne sont pas optimales, est la marque des champions. Il termine la saison avec 21 podiums, un record absolu. Mais au-delà des trophées et des statistiques, c'est la manière qui impressionne.
La pénalité qu'il avait reçue à Monaco en 2016 pour "conduite dangereuse" avait forgé son image de pilote agressif. Aujourd'hui, cette agressivité est canalisée, transformée en une détermination froide et calculatrice. Il ne s'agit plus de prendre des risques inconsidérés, mais de maximiser chaque milliseconde, chaque point de corde. La saison 2023 a vu l'émergence d'une version de Verstappen qui ne laisse que des miettes à ses adversaires. Les 575 points qu'il a accumulés en sont la preuve éclatante, surpassant son propre record de 454 points établi en 2022. Cette progression constante, cette quête insatiable de la perfection, n'est pas le fruit du hasard. C'est le travail acharné, la compréhension intime de sa voiture et une confiance inébranlable en ses capacités qui l'ont propulsé à ce niveau inégalé.
Pourtant, cette domination sans partage, aussi impressionnante soit-elle, pose la question de l'intérêt sportif. Une course dont l'issue est connue d'avance conserve-t-elle sa magie ?
"Max est le pilote de tous les records",constate StatsF1 en analysant les performances de Verstappen sur 2022-2023. Mais un record sans opposition, sans le frisson du duel, perd-il de sa saveur ? Le public, avide de batailles épiques, a-t-il été servi à sa faim ? La réponse est nuancée. L'admiration pour la performance pure est indéniable, mais l'absence de tension narrative a parfois pesé sur l'engouement général. Le Grand Prix de São Paulo en novembre 2023, où Verstappen a terminé à une "modeste" 6e place après un week-end compliqué, a offert un rare aperçu d'une vulnérabilité qui, paradoxalement, a pu réjouir certains observateurs en quête de rebondissements.
La Poursuite de l'Excellence : Au-delà de 2023
Le vent de changement qui a soufflé en 2023 n'était pas une brise passagère. Il a marqué le début d'une ère. La domination de Red Bull et de Verstappen ne s'est pas arrêtée là. Des développements récents, survenus au cours des trois mois précédant 2026, confirment que Verstappen restera chez Red Bull pour la saison 2026, mettant fin aux rumeurs persistantes de transfert chez Mercedes. Cette continuité est un signal fort pour la concurrence. En 2025, bien qu'il ait laissé le titre à Lando Norris, Verstappen maintient une régularité inégalée, avec une moyenne de 3,67 à l'arrivée, étant le seul pilote à ne jamais terminer au-delà de la 4e place en moyenne. Selon Auto-Moto, cette statistique illustre une résilience et une constance face à la concurrence de McLaren, notamment de Piastri et Norris.
"Verstappen reste champion malgré le titre de Lando Norris, avec une moyenne de 3,67 à l'arrivée (seul pilote sous 4e place moyenne)",comme le rapporte Auto-Moto dans un article de 2025, soulignant sa capacité à rester au sommet même dans un contexte plus compétitif. Cette capacité à enchaîner les performances, même face à une adversité croissante, est ce qui distingue les champions des simples vainqueurs. À Imola, en 2020, il était déjà capable de marquer 34 points lors d'un seul Grand Prix (sprint, course et meilleur tour), une indication précoce de son potentiel à maximiser chaque opportunité.
La question n'est plus de savoir si Verstappen est un grand pilote, mais où le situer dans le panthéon de la Formule 1. Avec 71 victoires en carrière (au 2025) et quatre titres mondiaux entre 2021 et 2024, il est déjà le troisième pilote le plus victorieux de tous les temps, avec 54 succès à la fin 2023. Des faits peu connus mais révélateurs de son statut : il est le premier pilote à avoir réalisé 10 victoires consécutives, une série impressionnante allant de la Hongrie à Abou Dabi en 2023. Ces chiffres ne sont pas de simples statistiques ; ils sont les marqueurs d'une carrière en pleine ascension, d'un pilote qui redéfinit ce qui est possible en Formule 1. La quête de la perfection est un chemin solitaire, et Max Verstappen semble en avoir trouvé la carte.
Le Changement de Paradigme : Une Nouvelle Ère pour la Formule 1
La saison 2023 a définitivement enterré un chapitre de l’histoire de la Formule 1. L’époque des duels intenses entre Mercedes et Ferrari, des championnats qui se jouaient au dernier virage du dernier Grand Prix, a cédé la place à une ère de suprématie technique et individuelle. L’impact de cette domination dépasse largement le simple palmarès de Max Verstappen et de Red Bull. Elle a forcé l’ensemble du paddock à une remise en question radicale. Les équipes historiques, engoncées dans leurs certitudes, ont dû admettre qu’elles avaient été dépassées, non pas sur un détail, mais sur une vision globale de la voiture. Ce n’est pas un simple écart de performance ; c’est un changement de philosophie. La régularité absolue est devenue la nouvelle monnaie d’échange pour le titre, et Verstappen en a écrit le manuel. Comme l’analyse un rapport technique interne d’une écurie rivale, cité par le site spécialisé Aurupteur :
« L’exploit de Red Bull en 2023 n’est pas d’avoir construit une voiture rapide, mais d’avoir construit une voiture qui est rapide sur tous les types de circuits, par toutes les températures, et surtout, qui est capable de s’adapter en course mieux que quiconque. C’est ça, le véritable changement de paradigme. »Cette capacité à exceller partout et tout le temps a établi un nouveau standard, un niveau d’exigence qui va hanter les ingénieurs de la concurrence pendant des années.
Culturellement, cette domination a créé une fracture parmi les fans. D’un côté, une admiration sans borne pour la réalisation technique et sportive, une reconnaissance pour un niveau d’excellence qui frôle la perfection mécanique. De l’autre, une frustration palpable, un sentiment que le spectacle a été sacrifié sur l’autel de l’efficacité. Les records, aussi vertigineux soient-ils – 19 victoires, 1003 tours en tête, 21 podiums –, ne peuvent à eux seuls compenser le frisson de l’incertitude. La Formule 1 a toujours oscillé entre sport et spectacle, et en 2023, la balance a penché si lourdement d’un côté qu’elle en a fait tanguer l’autre. L’héritage de cette saison ne sera pas seulement celui des chiffres ; il sera aussi celui du débat sur l’équilibre entre compétition technologique et compétition sportive. L’image agressive de Verstappen, forgée par des incidents comme Monaco 2016, s’est estompée au profit d’une image de maître incontesté, presque imperturbable. Une transformation qui, paradoxalement, pourrait le rendre moins attachant aux yeux de ceux qui chérissent le caractère imprévisible des héros sportifs.
L'Envers de la Médaille : Une Victoire qui Interroge
Il faut pourtant aborder l’aspect critique. Une domination aussi écrasante pose une question fondamentale sur la santé même du sport. Lorsqu’une équipe et un pilote réussissent à créer un tel écart, n’est-ce pas le signe d’une faille dans les règlements ? Les accusations, bien que souvent murmurées dans le paddock plutôt que criées, pointent une domination qui a « pulvérisé l’équilibre ». Le spectacle a souffert. Les dimanches après-midi sont devenus prévisibles, les courses se transformant souvent en longues processions où le seul suspense concernait la lutte pour les places d’honneur. Même les tentatives de la FIA pour dynamiser le format, comme la réduction à deux séances d’essais libres, se sont révélées impuissantes face à la supériorité technique de Red Bull.
Le principal reproche que l’on peut adresser à cette saison historique n’est pas l’excellence de Verstappen, mais le vide qu’elle a créé autour de lui. Où étaient les rivales ? Ferrari n’a remporté qu’une victoire, Mercedes aucune. Même Sergio Pérez, dans la même voiture, a été largué à une distance astronomique. Cette absence de compétition frontale, même au sein de sa propre équipe, prive l’exploit d’une partie de sa substance épique. On se souvient des batailles de Senna et Prost, de Schumacher et Hill, de Hamilton et Rosberg. Que restera-t-il des courses de 2023 dans la mémoire collective, en dehors d’une litanie de victoires sous le drapeau à damier ? La grandeur se mesure aussi à la qualité de l’adversité.
Et pourtant, critiquer Verstappen pour avoir trop bien fait son travail serait injuste. Sa régularité post-Hongrie 2023, son insensibilité à la pression une fois le titre assuré, démontrent une mentalité de champion absolu. Les débats sur des « négociations terribles » avec Mercedes, évoqués par certains sites de fans avant sa confirmation chez Red Bull pour 2026, n’étaient que du bruit. Sa décision de rester, annoncée le 29 juillet 2025, montre une loyauté et une confiance dans le projet qui contredisent l’image du mercenaire. Sa performance en 2025, avec une moyenne de classement de 3,67 face à une McLaren renaissante, prouve que sa force réside dans la constance, même lorsque la voiture n’est plus la plus rapide à chaque course.
L’avenir immédiat se dessine avec des contours plus compétitifs, et c’est une excellente nouvelle. La confirmation de Verstappen chez Red Bull jusqu’en 2028 au moins ancre le champion dans un projet à long terme, tandis que les équipes comme McLaren, Ferrari et Mercedes ont clairement progressé pour combler l’écart. Les prochains grands rendez-vous, comme le lancement de la saison 2026 avec de nouveaux règments techniques, seront des tests cruciaux. La question n’est plus de savoir si quelqu’un peut battre Verstappen sur une course – cela arrive –, mais si une équipe peut construire une machine et un collectif capables de le défier sur la durée d’un championnat entier. Les spéculations sur un éventuel transfert chez Mercedes, définitivement closes en juillet 2025, laissent place à une réalité plus stimulante : un plateau renforcé doit maintenant se mesurer à un champion à son apogée.
Le 26 novembre 2023, sous les lumières d’Abou Dabi, Max Verstappen a franchi la ligne d’arrivée pour la 19e fois. Le silence qui a suivi n’était pas celui de l’ennui, mais celui de la stupéfaction devant l’ampleur de l’exploit. Le vent de changement n’a pas apporté la tempête chaotique que certains espéraient, mais un mistral froid et régulier, balayant tout sur son passage. Il a redessiné le paysage, établi de nouveaux sommets à gravir, et laissé une question en suspens dans le sillage de la RB19 : dans l’histoire de ce sport, la perfection absolue est-elle le plus grand des spectacles, ou son pire ennemi ?