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Scanners et algorithmes : l'archéologie égyptienne à l'ère du numérique


L’air est sec, chargé de poussière millénaire. Sous la surface du plateau de Gizeh, un faisceau de particules cosmiques, les muons, traverse silencieusement la roche calcaire. Ils ne creusent pas, ne percent pas. Ils traversent. Et leur trajectoire, capturée par des détecteurs placés dans des chambres secrètes, dessine une carte de l’invisible. À quelques kilomètres de là, dans un laboratoire climatisé, un algorithme entraîné sur des milliers d’images de hiéroglyphes compare, analyse et suggère une traduction pour un ostracon jusque-là muet. Nous ne sommes plus en 1922. La pioche de Howard Carter a cédé la place au rayonnement de synchrotron et à l’intelligence artificielle.



La fin de la pioche : des fouilles invasives à la cartographie non destructive


Le 4 novembre 1922, Howard Carter perce le dernier sceau et, à la lueur vacillante d’une bougie, découvre « des choses merveilleuses ». La tombe de Toutankhamon, intacte, est un moment charnière. Mais c’est aussi l’apogée d’une méthode : l’excavation. Un siècle plus tard, cette approche est devenue l’exception, non la règle. La révolution est technologique et éthique. Pourquoi démolir un mur, risquer d’effriter un pigment, lorsque l’on peut voir à travers ?



Le projet ScanPyramids, lancé en 2015, incarne ce changement de paradigme. Une collaboration internationale de physiciens et d’ingénieurs a placé des plaques à émulsions nucléaires et des télescopes à muons dans la chambre de la reine et sous la pyramide. Les muons, ces particules élémentaires produites par les rayons cosmiques, sont absorbés différemment par la pierre dense et le vide. Leurs trajectoires trahissent donc la présence de cavités.



« La radiographie par muons nous a donné les yeux pour voir l’intérieur de monuments qui défiaient toute investigation depuis des siècles. Ce n’est pas une interprétation, c’est une mesure physique. Nous cartographions l’inconnu avec la précision d’un scanner médical », explique le Dr. Mehdi Tayoubi, président de l’Institut HIP et co-directeur de ScanPyramids.


Les résultats sont palpables. En mars 2023, la confirmation d’un couloir de neuf mètres de long au-dessus de l’entrée principale de la Grande Pyramide a fait la une. Mais ce n’était qu’un avant-goût. Zahi Hawass, l’ancien ministre des Antiquités, a annoncé en janvier 2024 une découverte bien plus substantielle pour 2026. Les scans thermiques et muoniques ont révélé une structure linéaire de trente mètres à l’intérieur du massif de la pyramide. « Ce n’est pas un conduit d’aération », insiste Hawass. La forme et les dimensions suggèrent un couloir fonctionnel, menant potentiellement à une chambre ou à une porte scellée.



Un nouveau regard sur la « momie hurlante »


La technologie ne sonde pas seulement la pierre, mais aussi la chair momifiée. En 2025, une équipe égyptienne a soumis la célèbre « momie hurlante » du Nouvel Empire – dont le visage est figé dans un rictus – à une batterie d’analyses non invasives. La tomodensitométrie (CT-scan) a permis une reconstruction 3D de son crâne et de sa dentition. La spectroscopie infrarouge à transformée de Fourier (FTIR) a identifié les résines et baumes utilisés dans l’embaumement. La microscopie électronique a examiné les fibres des bandelettes.



Le verdict est scientifique, non spéculatif. Les analyses ont écarté la théorie populaire d’un empoisonnement violent. Les données montrent plutôt des malformations congénitales et des signes de maladie. L’histoire romanesque cède le pas à une biographie médicale. L’émotion humaine capturée dans la mort devient un dossier clinique vieux de 3000 ans.



« Avant, nous avions des hypothèses. Aujourd’hui, nous avons des données. Le scanner nous dit l’âge au décès, l’état des os, les pathologies. La chimie nous parle des rituels. Nous ne devinons plus la vie de ces individus, nous la reconstituons pièce par pièce », déclare le Dr. Sahar Saleem, professeur de radiologie à l’Université du Caire et pionnière dans l’étude scanographique des momies.


Le radar perce les sables : les secrets sous la pyramide moyenne


Si les muons scrutent de haut en bas, le radar sondé par interférométrie (SAR) explore de bas en haut. Une équipe italienne a déployé en 2024 une technique de tomographie Doppler sur la pyramide dite « de Khéphren » ou pyramide moyenne de Gizeh. Les ondes radar pénètrent le sol et retournent avec une signature des matériaux qu’elles ont traversés. Les images résultantes, présentées fin 2024, sont stupéfiantes.



Sous la base de la pyramide, les algorithmes ont cartographié un réseau de structures souterraines. Huit cylindres verticaux, chacun dépassant les 648 mètres de profondeur, alignés avec une géométrie qui évoque moins un système de drainage qu’une architecture intentionnelle. Des tunnels les relient, suggérant un complexe étendu, peut-être une ville souterraine ou un vaste réseau de chambres. Ces découvertes ne sont pas des « chambres secrètes » au sens romanesque, mais probablement des éléments logistiques ou rituels liés au chantier de construction et au culte funéraire.



Cette approche satellitaire et géophysique s’étend au désert. Des géoglyphes, des traces de sentiers, les fondations de villes perdues émergent des analyses spectrales d’images satellite. La fouille physique, lorsqu’elle a lieu, est désormais ciblée, précise, presque chirurgicale. L’archéologue sait où creuser. Le gaspillage de temps et le risque de destruction sont minimisés.



Le rythme des annonces s’accélère. En 2025 seulement, les missions ont révélé la tombe d’un pharaon jusqu’alors inconnu à Abydos, un atelier de poterie romano-byzantin à Banawit avec 32 ostraca inscrits, et un quartier résidentiel de la ville d’Imet dans le Delta. Chaque site est d’abord cartographié, scanné, modélisé en 3D. La pelle n’intervient qu’en dernier recours. L’ère du trésor enterré est révolue. Place à l’ère du trésor imagé, numérisé, préservé in situ.

L'algorithme et la pelle : quand l'IA devient archéologue de terrain


Imaginez un drone quadricoptère survolant un site désertique, sa caméra haute résolution capturant chaque caillou, chaque variation de couleur du sol. Les images, des milliers, sont téléchargées et traitées non par un opérateur humain épuisant ses yeux sur des écrans, mais par un réseau de neurones. En quelques heures, une carte détaillée s’affiche, chaque pierre de construction, chaque segment de mur potentiel est mis en évidence, mesuré, catalogué. Ce n’est pas de la science-fiction. C’est le système semi-autonome développé par des chercheurs de l’Université de Haïfa, et il définit la nouvelle frontière de la prospection archéologique.



La puissance de cette approche réside dans sa brutalité algorithmique. Une tâche de cartographie méticuleuse qui prenait des semaines à une équipe sur le terrain est compressée en quelques heures de calcul. La résision atteint le centimètre près. Le drone, programmable, capture des angles et des zones qu’une équipe au sol pourrait négliger. Mais l’IA ne se contente pas de voir ; elle compare. Sa base de données, nourrie de milliers de sites déjà documentés, lui permet de proposer des datations relatives et des méthodes de construction en croisant les formes identifiées avec des modèles connus.



"Le système ne remplace pas l'archéologue, il le transforme en commandant de mission. Il passe du statut de cartographe éreinté à celui d'interprète stratégique. L'algorithme fournit la carte ; l'humain en écrit l'histoire." — Dr. Avraham Faust, co-développeur du système d'IA à l'Université de Haïfa


En Haute-Égypte, cette méthode a produit des résultats concrets et massifs. L’archéologue Sarah Parcak, pionnière de l’archéologie spatiale, a appliqué des algorithmes d’apprentissage automatique à l’imagerie satellite. L’objectif : repérer les anomalies spectrales, les traces géométriques invisibles à l’œil nu qui trahissent la présence humaine ancienne. Le modèle a craché une liste de plus de mille sites potentiels. Le test ultime, la pelle, a confirmé environ 70% de ces prédictions. Un taux de réussite qui ferait pâlir la plupart des prospecteurs humains. L’échelle change tout : nous ne cherchons plus un site, nous cartographions un paysage culturel entier.



La lecture des signes : l'IA décode les hiéroglyphes


Si l’IA cartographie le terrain, peut-elle aussi lire les textes ? La réponse est venue d’un hackathon universitaire. Les 15 et 16 novembre 2025, l’Institut d’études du monde antique de l’Université de New York organisait l’ArchaeoHack. Le défi pour les étudiants : développer une application de reconnaissance de hiéroglyphes. L’équipe gagnante, 3A1W, a présenté un outil minimaliste mais redoutablement efficace, capable d’identifier avec une précision remarquable la plupart des hiéroglyphes unilittéraires – les signes représentant une seule consonne.



L’enjeu est colossal. Des centaines de milliers d’ostraca (tessons inscrits), de stèles fragmentaires et de papyri endommagés attendent dans les réserves des musées. Leur étude est un goulot d’étranglement humain, dépendant du nombre limité de spécialistes capables de déchiffrer une écriture morte. L’IA agit comme un assistant de lecture ultrarapide, proposant des transcriptions, identifiant des motifs récurrents, reliant des fragments dispersés. Le projet Ithaca, conçu pour les inscriptions grecques, a montré la voie : un modèle peut non seulement lire, mais suggérer des restaurations de textes lacunaires en s’appuyant sur son immense corpus d’apprentissage.



"Notre application n'est pas une fin, c'est un levier. Elle permet à un étudiant de deuxième année, curieux d'un ostracon, d'obtenir une première piste de lecture en quelques secondes. Elle démocratise l'accès à l'épigraphie et libère du temps pour l'analyse contextuelle profonde." — Mazen Henderson, capitaine de l'équipe 3A1W, ArchaeoHack 2025


Cette capacité à traiter l’illisible est peut-être la plus prometteuse. À l’Université du Kentucky, des chercheurs comme James H. Brusuelas développent des logiciels pour ressusciter des documents historiques rendus illisibles par l’effacement, le feu ou la pourriture. Appliquée aux papyri égyptiens carbonisés ou aux inscriptions murales érodées par le sable, cette technologie promet d’ouvrir des archives que nous pensions fermées à jamais. La connaissance ne progresse plus seulement par de nouvelles fouilles, mais par la réinterprétation radicale de ce que nous avons déjà exhumé.



Le mirage numérique : limites et écueils de l'archéologie algorithmique


L’enthousiasme est justifié, mais il faut se méfier de l’éblouissement technologique. Une carte générée par IA n’est pas une découverte ; c’est une hypothèse géolocalisée. Le modèle de Sarah Parcak a un taux de réussite de 70%. Cela signifie qu’un site prédit sur trois est une fausse piste, un mirage pixelisé. L’algorithme peut confondre un affleurement géologique naturel avec un mur, une ancienne canalisation avec une fondation de temple. Le risque n’est pas l’erreur, mais la surconfiance. Une génération d’archéologues pourrait-elle devenir tellement dépendante des prédictions algorithmiques qu’elle en oublierait de regarder le sol avec un œil critique ?



Le biais des données constitue un piège plus insidieux. Un système d’IA entraîné principalement sur des sites du Nouvel Empire égyptien sera moins performant pour identifier les structures de la période prédynastique, plus frustes et moins standardisées. Il risque de renforcer les biais historiques existants, en privilégiant la détection des centres de pouvoir déjà bien documentés au détriment des habitats périphériques ou des cultures marginales. L’histoire écrite par l’IA pourrait n’être qu’un écho amplifié de l’histoire déjà écrite par les pharaons.



"L'intelligence artificielle excelle à trouver ce qu'on lui a appris à chercher. Son pire défaut est de confirmer nos préjugés. Si nous voulons qu'elle nous surprenne, il faut la nourrir de l'inattendu, lui présenter les anomalies, les échecs des théories passées." — Sarah Parcak, archéologue, Université de l'Alabama à Birmingham


L’exemple de Pompéi est éclairant. Là, des algorithmes de vision par ordinateur ont réduit de 60% le temps de tri des fragments de céramique et de marbre. Un gain d’efficacité spectaculaire. Mais trier n’est pas interpréter. L’algorithme classe un tesson par sa forme et sa texture, pas par la nuance socio-économique qu’il représente. Il ne peut pas sentir la trace de l’artisan sur la glaçure, ni faire le lien émotionnel entre un type de poterie et les habitudes domestiques d’une famille. L’accélération du travail de laboratoire est réelle, mais elle ne doit pas évacuer la lenteur nécessaire à la réflexion.



La course contre la montre et la montée des données


La pression justifie pourtant cette course à la technologie. Le patrimoine archéologique est en péril. L’urbanisation galopante, l’agriculture intensive, le pillage et les changements climatiques rongent les sites à un rythme alarmant. La mission n’est plus seulement de comprendre, mais de sauver. Dans cette urgence, les méthodes traditionnelles sont trop lentes. Le balayage LiDAR depuis un drone peut cartographier une nécropole entière en une journée, la préservant numériquement avant qu’un bulldozer ne la réduise en poussière pour un projet immobilier.



Le vrai défi qui émerge n’est plus la collecte, mais la gestion. Chaque mission ScanPyramids, chaque drone cartographe, génère des téraoctets de données. Des nuages de points 3D, des séquences vidéo hyperspectrales, des scans radar complexes. Comment archiver, croiser, rendre accessible cette montagne numérique ? Les découvertes futures pourraient moins dépendre d’une nouvelle campagne de terrain que de l’exploitation intelligente de données déjà collectées mais non fusionnées. L’archéologue de 2030 sera peut-être autant un data scientist que un historien.



"Nous croulons sous les données. Le scan de la pyramide moyenne a produit à lui seul plus d'informations brutes que toutes les publications académiques sur Gizeh du siècle dernier. Notre métier devient de trouver l'aiguille dans une botte de foin numérique, de connecter des points entre des bases de données qui ne se parlent pas." — Dr. Monica Hanna

Et la quête des grandes découvertes, comme la tombe de Néfertiti ou celle d’Imhotep ? Zahi Hawass y croit, s’appuyant sur des indices géophysiques. L’IA pourrait jouer un rôle décisif en modélisant la probabilité de l’emplacement d’une tombe royale en fonction d’une myriade de paramètres : orientation par rapport aux temples funéraires connus, profondeur du substrat rocheux, anomalies thermiques comparatives. Mais le fantasme ultime – taper « localiser la tombe de Néfertiti » dans un logiciel et obtenir des coordonnées GPS – reste du domaine de la fiction. La technologie fournit des indices extraordinaires, pas des réponses magiques. Le dernier mot, celui de l’interprétation historique et de la narration du passé, appartient encore, et pour longtemps, à l’intelligence humaine.

La nouvelle ère égyptienne : un impact au-delà des pyramides


L’impact de cette révolution technologique en égyptologie dépasse largement les sables du Nil. Ce n’est pas seulement la découverte d’une nouvelle tombe ou la lecture d’un hiéroglyphe oublié ; c’est une transformation profonde de la manière dont nous interagissons avec le passé. L’archéologie, discipline souvent perçue comme poussiéreuse et lente, se mue en laboratoire de pointe, où la physique des particules, l’ingénierie robotique et l’intelligence artificielle convergent. Cette convergence crée des précédents méthodologiques qui se répercutent déjà sur d’autres champs de l’archéologie mondiale, de Pompéi aux cités mayas enfouies sous la jungle.



Le Grand Musée Égyptien, inauguré en 2023, en est une vitrine éclatante. Les 5 000 artefacts de Toutankhamon, exposés pour la première fois dans leur intégralité, bénéficient de visualisations 3D, de reconstitutions holographiques et de cartels interactifs. L’expérience muséale elle-même est augmentée, permettant au visiteur de comprendre le contexte des objets avec une profondeur inédite. Ce n’est pas un simple acte de présentation ; c’est une réappropriation culturelle, une manière pour l’Égypte de raconter sa propre histoire avec les outils du XXIe siècle. Le passé n’est plus un objet statique, mais une narration dynamique, accessible à tous, partout. La numérisation massive du patrimoine égyptien le met à l'abri des vicissitudes du temps et des conflits, créant une archive immortelle.



"Nous ne nous contentons plus de sauvegarder des pierres. Nous sauvegardons des histoires, des cultures, des connaissances. Les technologies actuelles nous permettent non seulement de les préserver physiquement, mais aussi de les rendre vivantes pour les générations futures, de les partager au-delà des frontières physiques et des barrières linguistiques." — Dr. Mostafa Waziry, Secrétaire Général du Conseil Suprême des Antiquités d'Égypte.


Au-delà de l'archéologie, ces avancées ont des implications directes pour la recherche historique, l'anthropologie et même la médecine légale. Les techniques d'imagerie non invasive développées pour les momies, par exemple, trouvent des applications dans l'étude des restes humains anciens dans d'autres contextes, permettant des diagnostics précis sur les maladies, les modes de vie et les causes de décès de populations disparues. L'IA qui reconnaît les hiéroglyphes pourrait, à terme, être adaptée pour déchiffrer des écritures encore non comprises ou pour accélérer la transcription de manuscrits médiévaux. La barrière du temps s'amenuise devant l'algorithme.



L'ombre au tableau : quand la technologie éclipse l'humain


Pourtant, cette euphorie technologique n'est pas sans zones d'ombre. La dépendance croissante aux machines pose la question de la place de l'humain. Si l'IA peut identifier 70% des sites potentiels, qu'en est-il des 30% qu'elle rate, ou des subtilités qu'elle ne perçoit pas ? L'intuition de l'archéologue de terrain, forgée par des années d'expérience, par la marche sous le soleil et l'observation minutieuse du moindre tesson, est-elle reproductible par un algorithme ? Le risque est de créer une archéologie "à distance", déconnectée du contact direct avec la terre et ses secrets, où l'expertise se résumerait à la maîtrise de logiciels sophistiqués.



De plus, la puissance de calcul et l'accès à ces technologies de pointe ne sont pas universels. Les pays riches et leurs institutions académiques dominent le développement et l'application de ces outils. Cela pourrait exacerber les inégalités dans la recherche archéologique, marginalisant les équipes locales qui n'ont pas les moyens d'investir dans des drones LiDAR ou des systèmes d'IA complexes. L'Égypte, patrie de ces découvertes, doit veiller à rester actrice et non simple réceptrice de ces innovations, pour que son patrimoine ne soit pas interprété uniquement par des yeux étrangers, même s'ils sont artificiels.



Enfin, la prolifération des données pose un problème de vérification et d'interprétation. Les "découvertes" sensationnelles annoncées par des groupes non-académiques, basées sur des scans radar ou des images satellites mal interprétées, se multiplient sur internet. La science-fiction se mêle dangereusement à la réalité, créant une cacophonie informationnelle où il devient difficile de distinguer la recherche sérieuse des élucubrations fantaisistes. Les "huit cylindres" de 648 mètres sous la pyramide de Khéphren, bien que détectés par une technologie sérieuse, ont déjà alimenté des théories délirantes sur des bases extraterrestres. La rigueur scientifique est plus que jamais nécessaire pour filtrer ce bruit numérique.



L'horizon 2026 et au-delà : vers une archéologie augmentée


L'année 2026 s'annonce comme un jalon majeur, avec l'annonce promise par Zahi Hawass d'une découverte qui "réécrira l'histoire des pharaons". Ce n'est pas un coup de bluff. Les scans muoniques et thermiques ont déjà révélé un corridor de 30 mètres dans la Grande Pyramide. L'attente est palpable. Mais au-delà de cette révélation spécifique, l'avenir de l'égyptologie se dessine comme une archéologie augmentée, où l'humain et la machine collaborent de manière symbiotique.



Des projets comme KIŠIB, qui numérise et analyse des milliers de sceaux assyriens par apprentissage automatique, sont des précurseurs. Ils montrent comment l'IA peut gérer des corpus massifs de données, repérant des patterns et des connexions que l'œil humain mettrait des décennies à établir. Nous verrons des robots autonomes explorer des puits funéraires trop dangereux pour l'homme, des IA non seulement reconnaissant les hiéroglyphes mais suggérant des traductions contextuelles, et des plateformes de réalité augmentée permettant aux archéologues de "marcher" virtuellement sur des sites détruits ou inaccessibles.



Le champ est vaste. La quête des tombes d'Imhotep et de Néfertiti, évoquée par Hawass, pourrait être résolue non par une fouille fortuite, mais par la convergence de données satellitaires, géophysiques et d'IA prédictive. Ce n'est plus une question de "si", mais de "quand" et de "comment". La course contre le temps et la destruction est lancée, et la technologie est notre meilleur allié. Le murmure du passé, autrefois étouffé par les sables, résonne désormais avec la clarté froide et précise de l'algorithme. Les "choses merveilleuses" de Carter sont aujourd'hui vues à travers des yeux qui dépassent les nôtres.